Ce blog est un laboratoire à ciel ouvert. Vous y trouverez des textes, articles et notes de lectures sur la poésie d'aujourd'hui. Succédant à « Poebzine » (2010-2016), il poursuit la belle aventure du feu.
lundi 14 septembre 2020
48 ans et 362 jours
près des champs de blé
j’étais en paix
pour la premier fois depuis
longtemps avec moi-même
je me suis rendu à la poste
qui était fermée
ou plutôt jamais ouverte
aux heures où je pourrais la fréquenter
et alors rien de grave
je suis rentré chez moi
par la même petite route
ensoleillée qui descend vers chez moi
(et non pas vers la mer)
j’habite entre la rue Jacques Prévert
la rue du cimetière
et la rue Pierre de Ronsard
ça pourrait être pire pour un poète
ça pourrait être mieux aussi
j’ai volé dix minutes à mon travail alimentaire
j’ai l’impression surtout d’avoir repris possession
de ma vie
l’impression de renaître aussi
à quelque chose de pur
à quelque chose de vrai
d’immaculé
de pas pollué de pas corrompu
de pas compromis
je perds ma vie à la gagner bien sûr
mais aujourd’hui c’est moi qui ai gagné.
lundi 7 septembre 2020
Pierre Tilman né en 1944
![]() |
(© Photo F-X Farine - octobre 2018) |
LE PRIX DES LOYERS
à la question
samedi 29 août 2020
Jean-Jacques Nuel, l'art de l'autodérision
La première fois que j’ai croisé le poète Jean-Jacques Nuel, en 2018, au Marché de la Poésie de Paris, avec son cartable, il m’a fait songer à un représentant de commerce mais les apparences sont souvent trompeuses… c’était un type tout à fait sympathique, discret, attentif aux autres, et qu’il écoutait, toujours, l’air amusé.
Si je n’ai pas parlé de ses
livres plus tôt, je le regrette. C’est une faute inexcusable. J’avais pourtant
particulièrement aimé son Journal d’un mégalo (2018),
paru aux éditions belges du Cactus Inébranlable, dans
lequel l’auteur se révèle être un aphoriste fin et hors-pair.
En plus, peu de ses aphorismes
tombent à plat, et c’est souvent très drôle ! Beaucoup de thèmes
rafraîchissants y sont abordés : naissance, Dieu, œuvre littéraire,
célébrité, sex-appeal, rapports à l’ego et aux autres, sexualité, temps qui
passe, mort…
J’en ai sélectionné
quelques-uns, pour que vous succombiez à votre tour à sa mégalomanie
galopante :
On dit de
moi que j’étais la huitième merveille du monde ; mais je pense plutôt être
la première.
*
Pour faire simple, disons que ma naissance a coupé l’histoire de l’humanité
en deux parties.
*
Mon livre
est un chef-d’œuvre. La seule petite faiblesse est à mon avis le code-barres,
mais je n’en suis pas l’auteur.
*
Comme ses
affaires marchent moins bien, mon éditeur a dû me laisser sa Ferrari comme
à-valoir.
*
Le
réchauffement de la planète est peut-être dû à mon activité cérébrale.
*
DÉFENSE
D'AFFICHER sur mes affiches.
*
À quoi
servent les vingt-trois fuseaux horaires où je ne suis pas ?
*
Un jour
par an, je dois subir la concurrence de la journée de la femme.
*
Si je
dois me réincarner, que ce soit à l’identique.
*
Je me ferai enterrer avec mes bijoux et mes biens les plus précieux, pour être sûr d’avoir encore de la visite.
*
Offrez-vous ou faites-vous
offrir le Journal d’un mégalo de Jean-Jacques Nuel,
c’est un petit bijou d’autodérision qu’on peut lire et relire, en se regardant
le nombril. J’avoue que c’est assez agréable.
Et si vous n’êtes pas tout à
fait rassasié, tant mieux, le bougre vient de publier la suite de son Journal,
deux ans après, le titre est déjà prometteur : Chasser le
mégalo, il revient à vélo.
>> Les deux livres sur le site du Cactus Inébranlable
mardi 14 juillet 2020
Corps en mouvement « Poésie et Sport » 53 poètes - Bacchanales n°57, octobre 2017
À la lente agonie du monde
l’Amérique qui offre des fusils d’assaut
à ses enfants
l’exil d’une vedette du show-biz sur lequel
tout le monde s’apitoie ou condamne
aux déclarations guerrières d’un Président
fier dans ses bottes
dans son nouveau costume de va-t-en-guerre
à la révolution
d’une tempête de neige qui, seule,
semble secouer le pays
depuis deux décennies
j’ai préféré les larmes
de Dominique Rocheteau
dans les vestiaires de Geoffroy-Guichard
à la fin du match
Saint-Étienne-Lille
l’idole de ma jeunesse
l’Ange vert
était ému comme un gamin
parce que son club
venait de se qualifier
trente-et-un ans plus tard
pour la finale
de la Coupe de la Ligue
J’ai préféré ça, oui !
les larmes sensibles
et sans fard
de ce gentil héros d’hier
redevenu tout à coup
cet homme bouleversé
par ses propres larmes
et la liesse des supporters
qui envahirent le terrain
juste après
dans la joie spontanée de l’instant
devant des policiers
eux-mêmes désarmés
et médusés
je me suis senti tout à coup
réconcilié
avec l'Homme de la rue
dont on a souvent essayé
de me soustraire à la troublante effigie.
© Inédit.



