lundi 30 décembre 2019

« Mars poétique » à la Médiathèque départementale du Nord

En mars 2020, nous poursuivrons la médiation poétique dans le cadre de la 6e édition des lectures-rencontres poétiques de la Médiathèque départementale. À cette occasion, plusieurs événements auront lieu dans le Département avec 5 poètes invités (sans esprit de chapelle) durant tout le mois de mars et chaque lecture-rencontre-dédicace sera gratuite pour tous !
Le programme des manifestations sera dévoilé dès la rentrée.

Depuis 2014 : Sophie G. Lucas, Marlène Tissot, Frédérick Houdaer, Grégoire Damon, Simon Allonneau, Éric Dejaeger, Jean-Yves Plamont, Fanny Chiarello, Hélène Dassavray, Estelle Fenzy, Heptanes Fraxion et Pierre Tilman sont passés chez nous.

On les connaît 
depuis un peu mieux...

En attendant, je vous dis à bientôt et souhaite à chacun et chacune d'entre vous tous mes bons vœux (en poésie et partout ailleurs) avec un texte qui relate, justement, l'un de ces bons moments :


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   Perdre le Nord ou le retrouver
avec Sophie G. Lucas

   Doux dingue.
   Les quatre jours passés dans le Nord ont été du doux dingue. Doux dingues les poètes invités. Doux dingues les lectures. Doux dingues les publics. Doux dingues les paysages. Doux dingue Lille. Doux dingue Dunkerque. Bière bleue et poésie rouge, rater ma correspondance entre Paris et Lille car train bloqué dès potron-minet par des manifestants sur la voie, le port de Dunkerque, la chapelle des pêcheurs, les pirates et les corsaires, le rire de Fred, les détenus du centre pénitentiaire de Maubeuge, les lourdes portes de la prison, le ciel jamais vu aussi large en sortant, le beau Vieux-Lille, la douceur bleue de Marlène, parler parler parler rire rire rire rire dire dire dire la poésie, la route, le merveilleux verbe encyclopédique de FX, la sévère institutrice qui-n’aimait-pas-la-poésie-qui-dit-des-gros-mots, la conduite parfaite et attentive de Stéphane sauf quand il a démarré alors que j’avais encore un pied dehors, le sable gris la plage plate de Dunkerque, le sourire de cette fille lors de la deuxième lecture, les usines au bord de la mer, l’âpreté de Dunkerque qui me fait penser à Saint-Nazaire, les vitraux de la cathédrale de Notre-Dame-de-la-Treille à Lille et soleil dedans quelle chance, les hommes chapeaux à fleurs bas résille et robes colorées dans les rues de Dunkerque à la nuit tombée seuls ou en groupe rejoignant une fanfare un bar des amis, les épiphénomènes du carnaval de Dunkerque qui n’en finit pas de finir, « L’ART EST SIMPLEMENT LA PREUVE D’UNE VIE PLEINEMENT VÉCUE » en lettres lumineuses sur le bâtiment du FRAC de Dunkerque, lu en escaladant des grillages pour sortir d’un parking sang bleu comme Chimay, le monde plus doux plus dingue parce que nous parlons des heures de poésie, Carver Brautigan Bukowski, arracher quelques feuilles du carnet Moleskine et noter des noms de poètes, gens de polar, ne jamais en finir avec la littérature, la lecture de nos poèmes par de jeunes déficients intellectuels à la bibliothèque centre de Dunkerque, notre émotion, leur cadeau, le froid dans la chambre d’hôtel, le froid dehors, le froid souvent quand même, se rappeler les élections et ne pas avoir un bon pressentiment, lire L’apiculture selon Samuel Beckett de Martin Page dans une petite brasserie face cathédrale à Lille, le minuscule ascenseur de l’hôtel, nous quitter gorges serrées le soir, et le matin, maudire mon appétit de livres quand il faut porter le sac, le train qui fait demi-tour au tiers du voyage qui ne peut aller plus loin pour cause de vol de câbles une heure de retard, la poésie rend les journées élastiques. Je perds le Nord et la boussole. Temps géographies doux dingues.
De l’ouest, je repars dans deux jours vers le sud, l’art est simplement la preuve d’une vie pleinement vécue.

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Extrait : Assommons les poètes !, Sophie G. Lucas, Éd. La Contre Allée, coll. Les Périphéries, 2018, 10 €.

Sophie G. Lucas :
Poète nantaise, Sophie G. Lucas est née en 1968 à Saint-Nazaire. Lancée par la revue Décharge en 2005 avec la plaquette ouh la géorgie, révélée ensuite avec son recueil Nègre blanche (Le dé bleu, 2007), Prix de Poésie de la ville d’Angers, elle a notamment publié aux éditions des états civils : moujik moujik (2010) et notown (2013 ).
Elle partage aujourd'hui  son écriture entre une démarche autobiographique et intime, et une approche sociale et documentaire.

Dernières publications :
Paradise (avec Jean Marc Flahaut), Éd. Interzone[s], octobre 2019.
DésherbageÉd. La Contre Allée, coll. Un Singulier Pluriel, 2019.
TémoinÉd. La Contre Allée, coll. La Sentinelle, 2016.

Un chouette entretien de Sophie G. Lucas expliquant son travail poétique à l'occasion de l'édition 2016 du Printemps des Poètes à Rennes.

dimanche 22 décembre 2019

Jean-Claude Dubois, poète très discret

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Poète rare et discret, Jean-Claude Dubois est né en 1954 dans le Nord. Il a publié six recueils depuis 1974. Pudique, il parle plus des autres que de lui-même. Depuis quatre ans, nous habitons le même village. Avant cela, nous ne nous étions vus qu’une seule fois en dix ans.
Il ne sait pas que je lui dois une fière chandelle : c’est par son truchement que j’ai commencé à fréquenter en 1991 la poésie hexagonale (et surtout régionale) grâce à ses nombreuses critiques au sein de Rétro-Viseur. Dès mes 20 ans, il fut, en effet, un de ceux qui contribua à aiguiser, voire à accélérer ma connaissance en matière de poésie contemporaine.

Nous ne partageons pas forcément les mêmes terres poétiques (encore que je n’en sois pas si sûr) mais, même si tel était le cas, cela n’est pas bien grave puisque nous avons le même enthousiasme pour les poètes et la poésie.

Jeudi dernier - lorsque nous nous sommes revus pour la deuxième fois - j’étais aussi content que lui.  Il m’a parlé de Paul Vincensini, poète d’humour grinçant qui l’avait, en quelque sorte, intronisé en le publiant à l’âge de 20 ans. Du poète et universitaire, Serge Brindeau, qui l’avait aussi fortement impressionné et auquel on doit une des plus fabuleuses anthologies de poésie qui soit : La poésie contemporaine de langue française depuis 1945 parue en 1973, d’Yves Martin et, à mon évocation de Jean L’Anselme, il a, à son tour, souri de bonheur.

Mais « l’homme ne doit pas faire oublier le poète » ni le passeur

Jean-Claude Dubois a reçu en 1988 le Prix Kowalski pour Le Bois d’absence et publié ensuite, en 1993, L’Épine et sa mésange, qui a beaucoup plu à la poétesse Estelle Fenzy. 

Pour ma part, c’est le recueil, Le Canal, publié en 1999 chez Cheyne, son fidèle éditeur, qui m’a définitivement convaincu. Ce recueil insolite reconvoque l’enfance du poète, près d’un Canal. Cette évocation du canal (à la fois confident et ange gardien, source de fascination-répulsion, de tristesse et d’ennui aussi) entraîne avec lui tout un lot de réminiscences, et un passé plutôt solitaire et âpre que le poète suggère, avec beaucoup d’acuité et de délicatesse, comme dans l’extrait suivant :

    À plat ventre sur le chemin de halage, la tête effleurant l’eau, tout me semblait disproportionné. Mon passé, mes souvenirs et plus que tout, mes ancêtres, qui vivaient à la surface du canal sans même que je m’en aperçoive.

    Je suis resté là, suffisamment de temps, pour apprendre par cœur la moitié de l’enfer. L’autre ne m’appartenait pas encore. Je l’ai vécue comme une part de deuil, comme une empreinte qui s’ennoblissait en s’effaçant.

En 2007, Jean-Claude Dubois publiait un recueil plus étonnant, Leurs adorables, qui s’appuie sur l’écoute attentive de la musique classique : Chopin, Bach, Schubert, où écriture et musique se répondent, s’interpénètrent...

Sans faire de bruit, Jean-Claude Dubois est également toujours attaché à faire œuvre de passeur. En 1998, il avait rédigé : Le Silence parle ma langue, une chaleureuse et essentielle présentation critique de 24 poètes du Nord-Pas-de-Calais aux éditions Rétro-Viseur, dont il s’était volontairement exclu, et qui lui avait demandé trois ans de préparation.
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Depuis 2016, il codirige avec Jean-François Manier la collection verte chez Cheyne éditeur et il ne manque pas d’évoquer, lors de nos retrouvailles, des jeunes poètes comme Emmanuel Echivart, Jean-Baptiste Pedini, Loïc Demey ou Jean d’Amérique…

En retraite, depuis trois ans, je constate que son enthousiasme pour la poésie n’a pas du tout vieilli. Son dernier recueil vient juste de paraître. Il ne m’en a même pas parlé. Plus attentif aux autres qu’à lui-même. Il avoue « pratiquer peu internet et pas du tout les réseaux sociaux ». Préférant découvrir les nouvelles voix sur papier et dans la vraie vie, sans doute, où il reprend chaleureusement feu.

Une chose pour quoi je suis né : photographies, vraies fictions et semi-vérités, Jean-Claude Dubois, Cheyne, Hors Collection, 2019, 23 €.

jeudi 5 décembre 2019

François-Xavier Farine, Jean Marc Flahaut et Simon Allonneau en lecture, ce vendredi 6 décembre 2019


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Ce sera demain soir à Lille au bistrot, Les Sarrazins, 52-54 rue des Sarrazins, à partir de 20 heures pétantes !

Pour une fois, je me suis mis en premier sur notre affiche... mais pas du tout par égocentrisme. Simplement parce que je suis le plus vieux des trois et que je suis l'organisateur de la dite soirée poétique, où j'ai vraiment hâte d'ailleurs de retrouver mes deux acolytes talentueux...
Je les ai d'abord lus avec passion, avant de les rencontrer et que chacun d'eux devienne ensuite un ami sûr et fidèle.

Ce sera une belle soirée, j'en suis sûr, j'ai tout bien peaufiné pour que ce soit le cas.


Alors, ne manquez pas ce beau rendez-vous avec trois poètes du Nord !

Je remercie, au passage, Frédérick Houdaer qui m'a véritablement poussé au cul - quand nous nous sommes rencontrés la première fois à Lille en juillet 2011 - pour que j'organise ces lectures poétiques dans le Nord. Il m'avait dit :
« F-X, tu es tout à fait légitime pour organiser ici des rencontres poétiques... » Mais je doutais encore. Il avait alors ajouté en trouvant les mots justes :
« Ce n'est pas grand-chose à mettre en place. Il suffit de trouver un ou des lieux suffisamment emblématiques pour accueillir ce genre de rencontres et le tour est joué ! »

Il fallait que ce projet chemine en moi... et, petit à petit, j'ai organisé depuis 2016 plusieurs rencontres gratuites sur la métropole lilloise : d'abord au Café Le Polder d'Hellemmes et, à partir de demain, au Bistrot Les Sarrazins de Lille, à deux pas du Marché de Wazemmes.

Là-bas, la poésie est à sa place. Elle est au coeur de la cité. Au plus près des gens qui n'iront pas forcément franchir la portes des librairies et des médiathèques. Je n'ai rien inventé.



maïakovski

Le grand poète russe, Maïakovski, lisait déjà, dans la Russie des années 20, ses poèmes dans les cafés, au milieu du peuple, réalisant même des tournées et des conférences sur la poésie. Les  poètes beat, Jack Kerouac et Allen Ginsberg, lisaient, eux aussi, en Amérique leurs textes dans les clubs de jazz, et les non moins géniaux, Charles Bukowski ou Richard Brautigan, même avinés, lisaient leurs textes devant des parterres d'étudiants et d'étudiantes enthousiastes qui riaient, réagissaient, applaudissaient...

Alors, sans se comparer bien sûr à toutes ces grandes figures de la poésie, on fait de petites lectures sérieuses (avec humour aussi), en continuant le combat pour la poésie !

A demain, donc !


dimanche 1 décembre 2019

Je me souviens #25

103-SP

Je me souviens, dans ma jeunesse, d'un type qu'on appelait Guernoulle. Il était menu et fluet, et souriait plus qu'il ne parlait. Il portait des bottes camarguaises et ses cheveux longs dépassaient sous son casque : il avait la dégaine d'une marionnette du Muppet Show.
Il sillonnait toujours les rues du village, à toute blinde, sur sa 103 SP. Un jour, j'appris qu'il avait valdingué avec sa mobylette, dans le fossé. Dans un virage, Guernoulle – aussi léger qu'une plume – avait été désarçonné par un coup de vent. (Guernoulle* au vent)

* « Gernoulle » veut dire « grenouille » en patois du Nord.

dimanche 24 novembre 2019

Mariam, la dernière compagne de Rimbaud ?

mariam-rimbaud
La  photo de Mariam était belle , pourtant...

Il y a quelques jours, le poète et chroniqueur, Claude Vercey, a fait paraître sur le site en ligne de la revue Décharge un article (I.D n°849) à propos de l'ouvrage posthume d'un spécialiste du poète Arthur Rimbaud : Jean-Michel Cornu de Lenclos (décédé en 2014) intitulé L'Abyssinienne de Rimbaud  récemment publié aux éditions Lurlure.

Ce qui m'a embêté dans ce post - et je l'ai d'ailleurs aussitôt signifié par mail à Claude Vercey lui-même - c'est que :


La photo de Mariam, dernière compagne du poète Arthur Rimbaud n'est pas sûre du tout. Que ce soit précisément cette femme-là. La photographie en question.

J'ai en effet lu beaucoup de livres sur Rimbaud - de 16 ans à aujourd'hui - ainsi que de nombreux articles.
La première fois que j'ai vu cette photo, au milieu des années 90, c'était dans le cahier de photos intérieures du livre d'Alain Borer consacré à Rimbaud : Rimbaud d'Arabie paru en 1991. À vérifier quand même.

Depuis, on a écrit que cette photo est une photo trafiquée voire folklorique représentant bien une 
« éthiopienne » de l'époque mais sans doute pas, hélas, la vraie compagne de Rimbaud (avec laquelle il n'aurait pas passé beaucoup de temps non plus, l'ayant congédiée assez vite de chez lui...)

Un document, qui a l'air plutôt sérieux, en atteste, ci-dessous, sous le titre : Rimbaud retouché


Dans beaucoup de livres sur le poète, cette photo est tout de même régulièrement reprise.

La légende est plaisante. Mais qui dit vrai ?


J'ai donc posé ma question auprès du service « Questions-Réponses » du Guichet du Savoir de Lyon.

J'ai pensé que ce serait utile pour la petite histoire de la grande poésie...

Voici leur réponse à cette délicate question.


mercredi 20 novembre 2019

Salah Al Hamdani né en en 1951

(...)

« Rebâtir les jours
à genoux
lorsque l'horizon se noie dans la crue du ciel
et que la forêt n'est plus qu'une flaque brûlée
Je serai de cette génération qui marche à l'envers 
portant son arche sur sa tête »

Salah Al Hamdani, extrait du poème Rebâtir les jours dans le recueil au titre éponyme, Éd. Bruno Doucey, 2013, 15 €.



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Les poètes, Ronny Someck et Salah Al Hamdani, à Paris, en 2013.
(©  Éd. Bruno Doucey.)

samedi 16 novembre 2019

Charles Bukowski, Tempête pour les morts et les vivants...


T'es encore aujourd'hui, et de loin, l'un des meilleurs poètes de ce temps ! Je trinque avec toi et à tous tes poèmes inédits publiés aujourd'hui, sinon hier dans d'obscurs magazines qui ont eu de suite du flair !

bukowski-tempete-pour-les-mots-et-les-vivants

Dire que feu Cavanna a eu la chance de tutoyer Bukowski et de l'engueuler en vrai et... que Bukowski, lui, était monté, en 1967, à l'arrière de la Plymouth de Neal Casssady, le héros de la Beat Generation, roulant à tombeau ouvert, la nuit, parfois en sens interdit, et sous une pluie torrentielle, dans les avenues de Los Angeles...

Quelle histoire, mais quel monument, surtout, ce type !


2 poèmes immortels

environ 2 poèmes immortels par nuit
c'est à peu près tout ce que je m'autoriserai
à écrire.
c'est juste - il n'y a pas des masses
de compétition.
du reste, c'est plus appréciable de
se bourrer la gueule
que de tutoyer
l'éternité.

c'est pour ça que davantage de gens
achètent de l'alcool que
du Shakespeare...

qui ne préférerait pas apprendre à
s'évader par le col d'une
bouteille
ou le cône
d'une cigarette savamment roulée
plutôt qu'un bouquin ?

2 poèmes immortels par nuit c'est
suffisant...
quand j'entends ces talons hauts
cliqueter sur le pas de ma porte...
je sais que la vie n'est pas faite de papier
ni d'immortalité
mais de ce qu'on est
à l'instant ; et tandis
que son corps, ses yeux, son âme
entrent dans la
pièce

la machine à écrire reste tapie là comme
le plus choyé, le plus inutile et le mieux nourri
    des
chiens...

(...)


Charles Bukowski, Tempête pour les morts et les vivants, Traduit de l'anglais par Romain Monnery, Au diable vauvert, 2019, 20 €. 

mercredi 30 octobre 2019

Daniel Fano (1947-2019) court dans le cosmos...

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Daniel Fano en 2011
(© photo Didier Lesaffre)

Cher Daniel Fano,

Tu étais un poète que j'aimais beaucoup, amical, discret, attentif, pas grandiloquent pour deux sous, mais extrêmement talentueux.

J'ai découvert tes poèmes, pour la première fois, dans l'anthologie « blue jean » de Bernard Delvaille  : La Nouvelle Poésie Française parue en 1974 puis à nouveau en 1977 chez Seghers. Tu y sortais du lot comme quelques autres poètes majeurs qui sont, depuis, devenus des amis rares, précieux, pour le jeune homme que j'étais alors...


la-nouvelle-poesie-francaise-seghers

Dans un mail de juillet dernier, tu m'indiquais, enthousiaste, que ton « dernier recueil »,  À la vitesse des nuages, allait être publié aux éditions Unes. Tu me parlais aussi de Lucien Suel, de Daniel Biga et de Pierre Tilman comme de compaňeros en poésie.

Je suis triste de cette nouvelle aussi inattendue que brutale. Mais, quand un poète meurt, ses textes s'éclairent d'une lumière plus vive, plus vraie. On relit alors ses livres, ses recueils dans le désordre des émotions. Et on s'aperçoit que le miracle de la poésie, lui, perdure toujours... 


De notre correspondant

La radio, c’est de l’histoire
ancienne, comme un caillou tombé
dans les souvenirs, dans le crépitement
des ondes longues juste après la Seconde Guerre
mondiale, quand une chanson pouvait
encore vous
sauver la vie. Aujourd’hui, j’ai l’air songeur
et les traits tirés, j’ai passé la
baraque à la tronçonneuse et je voudrais qu’on
me dise, oui ou merde, si elles
existent vraiment les prairies
du Saskatchewan.

*


Dimitri le danger


On se dit : faussaire
est un bien triste métier, même
s’il se pratique au clair
de lune
On se dit : je devrais
enfiler un manteau dûment
mis en feu
par un de mes domestiques.
Mais on ne fait rien.
On se dit : je vais
continuer d’écrire des poèmes,
légers,
si légers,
de peur de passer à travers
le plancher
ou de déranger
les fantômes.

Extraits de La nostalgie du classique, Le Castor Astral, 2003.

*


Le papier dans tous ses états

Pour le centenaire de la mort de Mallarmé, les brouillards matinaux seront fréquents et ne se dissiperont qu'à la mi-journée. L'après-midi, le soleil sera plus généreux, on aura la peur au ventre à cause d'un léopard ou d'une ville dévastée. Le soir, on pourra rêver de pureté en regardant quelques sirènes blondes manger des bananes au fond de la piscine.

bientot-la-convention-fanoExtrait de Fables et fantaisies, Les Carnets du Dessert de Lune, 2003.

*

Pour 2021, tu préparais encore une grosse anthologie de poèmes (1969-1999) constituée, me disais-tu, de 2/3 d'inédits et de textes épars jamais publiés, sinon dans des revues oubliées...

Tu ajoutais enfin, avec ton art des titres tellement fabuleux, que tu allais publier la suite de De la marchandise internationale chez Jean-Louis Massot, éditeur qui t'a renouvelé sa confiance depuis 2003, en publiant huit de tes livres.  Ce recueil devait s'appeler à l'origine : Courir dans le cosmos. Il est finalement sorti en 2019 sous le titre : Bientôt la Convention des cannibales.

Je trouve que Courir dans le cosmos est ton plus beau titre. Tu as eu raison de le garder pour une longue procession sous les étoiles.


mercredi 23 octobre 2019

Heptanes Fraxion, t'es le meilleur !


C'est la viande qui fait ça, Heptanes Fraxion, avec deux illustrations de WOOD, Cormor en nuptial éd, 2019, 12 €.

heptanes-fraxion-c-est-la-viande-qui-fait-ça


Le deuxième recueil d'Heptanes Fraxion (édité aux éditions Cormor en nuptial), enfin le troisième, après sa délicieuse petite plaquette, Et les gens continuent de tomber avec la nuit, publiée en juin 2019 chez aérolithe éditions, est tout à fait excellent !

Différent des deux premiers mais dans la continuité tout de même... Il y a à nouveau plein de poèmes percutants que j'adore, truffés d'images qui dynamitent le texte dans leur déroulé, quasiment, à chaque ligne.

Il y a aussi des poèmes où Heptanes Fraxion se livre plus, se met davantage à vif, à nu, et plus seulement et uniquement par le truchement de portraits de gens rencontrés au hasard de ses déambulations urbaines.

Dans le poème ci-dessous, par exemple, le poète n'exclut rien pour bien rendre compte à la fois de la fringale et de la violence du désir entre deux êtres et de la charge sensuelle et sexuelle qui en découle :

permaculture dans les cimetières

c'est bien nous ça 
comme neufs
comme hallucinés du cadeau de nous-mêmes
dans les rues vides de la sève violette
ou à l'hôtel comme des héros en levrette
partouze à deux

c'est bien nous ça
souffrant d'un joyeux syndrome
foutre de cheval à gueuler partout dans la gare
glacée
ou dans le fameux cabaret à larynger nos bluettes
punkoïdes avec l'alcool de nos ventres
avec la sauce de nos souffles
ou dans le calque des souterrains parsemé d'étoiles
cruciformes

nous affamés sur la route
sur les roues
sur les rails
derrière la baie vitrée du restoroute

au chaud
à se plaire dans l'écrasé de pommes de terre
et de la connexion mentale
et du poulet grillé
et de tout l'or de l'orgasme vaginal

toute une journée comme ça
contre la montre
dans le contre-jour enfumé
à bisouner nos verges à la base
et à jouer le contre dans la neige ensoleillée
joue contre joue dans des aires d'autoroutes
absolument désertes
le lundi
dans la féerie de l'industrie lourde
et dans la féerie de l'enculade

c'est bien nous ça
morts de rire en sanglots
avec le sang au volant de l'évidence qui berce
nos poitrines
euphories à faire foisonner le piano de nos poumons
fatigués

(...)

moment M
instant T

à se dire au revoir la bouche pleine de buée
avec nos voix de roues voilées
nos voix d'oiseaux tombés du ring

(...)

Pour acheter le recueil auprès de l'éditeur belge, Gaël Pietquin, c'est ici :
cormorennuptial@gmail.com

dimanche 13 octobre 2019

Lawrence Ferlinghetti né en 1919


« Ne crois surtout pas que la poésie ne sert à rien dans les époques sombres. »

Lawrence Ferlinghetti, extrait de Poésie, art de l'insurrection, 2007.


Fondateur de la City Lights Books et poète, Lawrence Ferlinghetti publia notamment
les auteurs de la Beat Generation.

mercredi 9 octobre 2019

Égaliser l'égalité


Le mec qui prend sa moto pour faire 800
mètres à pied

Le mec qui prend son fusil pour aller
chez le boucher

Le mec qui parle fort dans son bureau pour
que ses collègues l'entendent

Le mec qui met son plus beau costume
quand les grands patrons débarquent

Le mec qui rentre tard de réunion (qui était
avec sa maîtresse) et qui engueule sa femme
par-dessus le marché

Le mec qui te grille la priorité (avec un doigt
d'honneur ou sans)

Le mec qui te harcèle avec des propos
appuyés ou qui te met une main aux fesses
en riant

Ça peut être aussi une Femme


samedi 5 octobre 2019

Cécile Coulon poursuit sa vertigineuse ascension en poésie !

pas

Je ne peux pas résister à l'envie de publier ici cet extrait d'interview de Cécile Coulon figurant dans le dossier du futur «Prix de poésie des Découvreurs» 2019-2020. Extrêmement passionnant !

Cécile Coulon explique le titre de son livre : Les ronces c’est « quelque chose qui pique mais c’est aussi quelque chose à travers quoi il faut aller pour avoir des mûres [...] et j’ai aimé cette idée d’un végétal qui pouvait à la fois avoir un caractère protecteur et dangereux. L’idée des ronces et celle du poème étaient la même chose. Pour moi un poème c’est un texte à travers lequel on peut être blessé, on peut être piqué mais derrière lequel on trouve aussi de très belles choses, à propos de soi et à propos des autres. Il y avait un lien de parenté entre la nature et l’écriture, qui me plaisait beaucoup, sachant que la nature est un des grands thèmes de certains poèmes et puis il y avait également la sonorité du mot [...] il y a quelque chose de très vif dedans, de noir, de vert et ce sont des couleurs que j’aime beaucoup [...] et puis je me suis dit qu’un bouquet de poèmes pouvait aussi être un bouquet de ronces... c’est un peu absurde mais je trouvais ça très beau, et très poétique ».

Comment peut-on oser écrire un tel tissu d'évidences, un aussi gros bouquet de conneries ?


mercredi 2 octobre 2019

Les Mauvaises Langues font le coeur vermeil

les-mauvaises-langues

Les Mauvaises Langues est un très bon groupe de rock lillois qui officie, depuis une vingtaine d'années maintenant, dans le domaine de la chanson française. Des textes savoureux, du talent, de la modestie, et surtout un beau répertoire de chansons qui s'étoffe d'album en album - dont quelques-unes sont déjà des classiques chez nous - et sans doute même au-delà...

Je les ai découverts en concert pour la première fois, en 2001, au Festival des écrivains de la Villa Mont-Noir, et cela a été pour moi une vraie révélation !

Avec la sortie de ce nouvel album, j'ai retrouvé en concert (notamment sur la place d'Halluin, à la frontière franco-belge) une belle équipe de musicos unie, et des musiques entraînantes, entêtantes qui se posent parfaitement sur les textes de Philippe Moreau, leader à la voix chaude, sensible et parfois même gouailleuse...


Ce groupe festif met vraiment la banane au cœur, tout en donnant une image ensoleillée, dynamique et réjouissante du Nord-Pas-de-Calais. Ce qui n'est pas pour me déplaire...

Leur dernier album, Pourquoi, comment ?,  est sorti fin avril 2019. Après le premier titre très réussi Passager, passagère, le chouette vidéoclip du second single, Les rues de Lille, vient d'être tourné dans 
« la capitale » des Hauts-de-France, à la fois ballade touchante et hymne délicat.

Longue, très longue vie aux Mauvaises Langues qui n'en font pas des tonnes mais frappent juste en chansons !





Le site officiel du groupe

Prochain Concert des Mauvaises Langues : Jeudi 17 octobre 2019 20h au Théâtre Sébastopol de Lille.


samedi 21 septembre 2019

Guy Chaty recyclé et bonifié

En 2006, pour le n°42 de la revue Lieux d'Être, j'ai réalisé un important dossier consacré à « L'humour en poésie ». J'y présentais cinq poètes appartenant à la veine comique : Guy Chaty, Michel Deville, Alfonso Jimenez, Jean L'Anselme et Jean-Yves Plamont. Une longue introduction tâchait de décrypter les vertus et les bienfaits de l'humour, et de lui rendre en quelque sorte justice. Elle débutait par cette phrase du poète Norge :

« Je souhaite que l'esprit ludique ne soit pas interdit à la poésie. » 

Dans la présentation du poète, Guy Chaty, j'écrivais alors :


guy-chaty
Guy Chaty en 2004
Guy CHATY : drôle de zèbre, drôle… de diable ! 

Il y a « du Michaux » chez Guy Chaty, en moins cynique, en plus généreux (Ses histoires 
d’Anatole ne nous renvoient-elles pas aux mésaventures d’« un certain Plume », héros décalé et indifférent à ce qui l’entoure ?). Un ton aussi feutré de raconteur d’histoires auquel l’on s’abandonne aisément. Guy Chaty est un poète qui aime les mots à s’en gargariser. On devinerait presque parfois, en le lisant, le plaisir rare qui fait frissonner sa belle moustache de poète !
Dans ses poèmes, Guy Chaty se plaît à détourner les expressions imagées, à faire déraper le réel, à créer de l’humour en cascade, comme si l’on devait dévaler avec lui un escalier trop ciré ou si l’on devait grimper en haut d’un mât de cocagne savonné. Imaginez un peu les conséquences ! Emballé par la logique folle des mots, le quotidien vacille. Le monde, les quatre fers en l’air, se retrouve sans dessus dessous. Notre perception, nos sens en sont tout altérés : notre représentation n’est plus la même. On nage dans le non-sens jusqu’à ce que la drôlerie s’accélère… 

Il faut dévorer les Contes cruels de Guy Chaty, où son humour noir, un poil macabre, dénonce la cruauté ordinaire du monde et des gens. Guy Chaty est un moraliste satirique, et sous ses airs de ne pas y toucher, il est un observateur avisé et implacable de notre société. Il lui arrive aussi d’écrire des textes à l’atmosphère étrange et fantastique, comme Marcel Béalu, hier, nous enthousiasmait avec ses Mémoires de l’ombre.

Guy Chaty cultive encore, dans ses plants à poèmes, les « brèves » (exemple : Contradiction : Dire des bo-bards dans des cafés laids), les aphorismes, les blagues et les gauloiseries. Tout lui est bon pour communiquer de l’hilarité ambiante.

Sa poésie a le don de prendre le lecteur par la main, en ami, de le promener sans complexe sur le terrain du « je » humoristique, avec l’idée d’instruire en riant.

Dérive « honteuse » de sa vie de professeur ? Non, simplement, chez Guy Chaty, l’expression d’un humaniste qui aime vivre à cent à l’heure…


*

Treize ans ont passé depuis la publication de ce dossier et Guy Chaty, marathonien de l'humour, a continué de publier régulièrement ses textes en revues et un certain nombre de recueils. Mais, poète trop discret, il a fait sans le vouloir de l'ombre autour de lui. Bien qu'il n'ait jamais cessé de m'envoyer la plupart des ses livres, sans même que j'eus pu en faire toujours la recension, faute de temps... Je fus néanmoins ravi lorsqu'il a obtenu en 2014 le « Prix de poésie (jeunesse) des lecteurs Lire et Faire Lire » pour son recueil, À cheval sur la lune, paru en 2012 chez Soc & Foc.

Lisez donc ce drôle d'« énergumène » et découvrez-le en action !

Guy Chaty fait son cinéma, 1 extrait du DVD réalisé par Philippe Masson (2015)

Guy CHATY :
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Né en 1934 à Bobigny (93), Guy Chaty vit à Paris.  Depuis 1977, il a une activité poétique protéiforme (publications, chroniques, notes de lectures, réflexions, etc.). Comédien, il lit aussi ses textes en public, a créé et joué de nombreux spectacles en Avignon et ailleurs. Son ancien métier de professeur à l’Université Paris XIII l’a habitué à participer à des colloques scientifiques puis littéraires. Il milite, sur tous les fronts, pour décupler l’audience de la poésie. Notamment au sein de la rédaction la revue Poésie/première et des comités de lecture de Poésie sur Seine et Interventions à haute voix.
Quelques titres : « Anatole et son chat » (1998) chez IHV, réédité en (2004) en édition bilingue français-allemand chez Editinter, « Contes cruels » (1999), « Des mots pour le rire » (2000), « Parcours » (2002), « Les espaces perdus d’Antoine » (2006) chez ce même éditeur. Présence dans plusieurs anthologies majeures dont L’Humour des poètes de Jean Orizet (1981), Les poètes et la Ville (2001) au cherche midi éditeur.

Dernier recueil paru :
À fleur de peau, Gros Textes, septembre 2019, 8 € (+3 de FP).

« Guy Chaty fait son cinéma », DVD (avec plein de poèmes de l'auteur où ce dernier joue son propre rôle) en vente directement sur son site.


jeudi 29 août 2019

Quand le poète météore, René Guy Cadou (1920-1951), apparaît dans un film amateur en noir et blanc...


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Au début des années 1990, à la télé, je suis un inconditionnel des émissions littéraires et notamment des portraits de la célèbre collection Un siècle d'écrivains dirigée par le regretté Bernard Rapp. En 1991, à vingt ans, je découvre également le formidable recueil posthume, Hélène ou le Règne Végétal de René Guy Cadou, publié en deux tomes chez Seghers, en 1952 puis en 1953, republié ensuite à maintes reprises. Véritable révélation pour moi !

Une an plus tard, je dévore Poésie la vie entière (Œuvres poétiques complètes) de René Guy Cadou, que je connais sur le bout des doigts, toujours disponible aujourd'hui aux éditions Seghers.

En août 1994, je me rends plus d'une semaine en Loire-Atlantique, avec un ami poète Jean-Louis Cloët, pour rencontrer pendant deux jours Hélène Cadou, veuve de ce merveilleux poète, et visiter tous les lieux cadoucéens  : Châteaubriant, Nantes, Clisson, Louisfert... et même Solesmes où nous croisons une vieille dame, plus que centenaire, qui s'avérera être la veuve du poète Pierre Reverdy...

René Guy Cadou et Max Jacob : une indéfectible amitié épistolaire

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Max Jacob et René Guy Cadou
à Saint-Benoît-sur-Loire,
février 1940.

Avant ses 20 ans, René Guy Cadou, poète précoce qui publia à 16 ans sa première plaquette, Brancardiers de l'aube, sera soutenu par trois poètes aînés : Pierre Reverdy, Jules Supervielle, puis Max Jacob avec lequel il entretiendra une solide correspondance...

Ensuite, je lirai tout ce qui concerne René Guy Cadou : monographie, numéros spéciaux, correspondances diverses, témoignages de ses amis qui firent, de près ou de loin, partie à un moment donné de la belle aventure des Poètes de l'École de Rochefort : Jean Bouhier, Michel Manoll, Marcel Béalu, Luc Bérimont, Jean Rousselot, Roger Toulouse, Julien Lanoë, Hélène Cadou, Michel Ragon, Jean Follain, Jean L'Anselme, Paul Chaulot... C'est de l'ordre de la « Cloclomania », mais pour un poète.

Si bien que lorsque je découvre un soir à la télé, en deuxième partie de soirée, le portrait émouvant du poète, Max Jacob - ami de Picasso, Cocteau, d'Apollinaire et de Modigliani - arrêté par la Gestapo et décédé au Camp de transit de Drancy en 1944, je suis d'autant plus bouleversé de reconnaître sur un film amateur tourné lors des obsèques du poète à Saint-Benoît-sur-Loire par le peintre Roger Toulouse, les visages des poètes-amis : Marcel Béalu, Jean Rousselot...  mais aussi de Michel Manoll et de René Guy Cadou que je reconnais sur le champ, et dont les deux noms ne sont, hélas, même pas cités dans les commentaires de la voix off.

Cet extrait en noir et blanc est visible à la fin du portait ci-dessous consacré au poète Max Jacob à 41 minutes et 11 secondes avec un ralenti  sur, de gauche à droite : René Guy Cadou, Jean Rousselot, Marcel Béalu et Michel Manoll.





J'avais gardé ce portrait sur une vieille cassette VHS. Maintenant, je peux enfin la bazarder. Et revoir défiler autant de fois que je le veux, sur l'écran, le poète absolu de mes vingt ans !

vendredi 23 août 2019

Quand Lucien Suel découvrait Bukowski puis le publiait dans sa revue...


Un mail du poète Lucien Suel du 10 janvier 2017
lucien-suel


Cher François-Xavier,

Au vu de mes retweets, je pense que pas mal de personnes sont allées se réchauffer de ton côté. Encore merci pour cette publication sur ton blog Le feu central.

Concernant Bukowski, je l'ai découvert en 1973 dans le n° 6 de The Starscrewer édité par Bernard Froidefond. Il y avait deux poèmes traduits par Pierre Joris : Liberté et Quel homme j'étais. C'était la première publication de Bukowski en France !

Dans ce numéro, il y avait une présentation du livre Erections, Ejaculations, Exhibitions and General Tales of Ordinary Madness, qui sera plus tard publié en France sous le titre abrégé de Contes de la folie ordinaire. J'ai commandé ce livre directement chez City Lights à San Francisco dans les années 70. À l'époque, j'ai aussi acheté l'anthologie poétique parue chez Intrepid Press (Allen de Loach) à Buffalo (deux poèmes de Bukowski que j'ai traduits et publiés sont extraits de cette anthologie Bob Dylan et La fille dehors au n°1 de Strawberry Patch - de mémoire - mis en ligne sur mon blog Silo).

Grâce à Bernard Froidefond, j'ai commencé en 1977 une correspondance qui a duré une vingtaine d'années avec Claude Pélieu. Dans le groupe d'amis qui entourait William Burroughs à l'époque, il y avait Carl Weissner, un auteur allemand qui expérimentait le cut up. Carl a beaucoup fait en tant que traducteur et éditeur pour la connaissance de la Beat Generation et de la contre culture en Allemagne. Je correspondais avec lui car en 1978 j'ai repris la publication de Starscrewer (avec l'accord et l'aide de Froidefond).
Dans mon premier numéro (le 7), j'ai publié la traduction d'une nouvelle inédite de Bukowski (You kissed Lilly). C'est Carl Weissner qui me l'avait envoyée et avait aussi suggéré un titre différent (Bouffe la poussière, chien menteur !), une photocopie du texte tapé à la machine par Bukowski avec une note de lui au stylo disant " Je t'envoie ça Carl, ça n'a même pas encore été publié aux USA " et il avait joint la coupure de presse de LA Times dont il s'était inspiré pour raconter ce fait divers sordide.

Ceci dit, Pélieu lui-même m'a envoyé beaucoup de choses, de plaquettes, de textes, de manuscrits, collages....

Voilà, tu connais une partie de l'histoire.
Amitiés
Lucien
 
Lire la nouvelle inédite de Buk sur le blog du Silo de Lucien Suel