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lundi 24 mars 2025

Les Petits Malheurs de Jean-Claude Dubois

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Jean-Claude DUBOIS
Estelle AGUELON
Les Petits Malheurs. - (Poèmes pour grandir)
Cheyne, 2017
15 Euros


(Poésie jeunesse)

Né en 1954 dans le Nord, Jean-Claude Dubois est un poète discret, d’un village du Mélantois, qui ne doit plus pour autant passer inaperçu. Il a obtenu le prix de poésie Roger-Kolwalski en 1988 pour Le bois d’absence puis écrit d’autres recueils de poésie remarqués comme Le Canal en 2001. En 1998, il a été l’initiateur d’une superbe anthologie, Le silence parle ma langue, qui regroupait alors les principaux poètes du Nord/Pas-de-Calais et a longtemps été directeur de la collection verte chez Cheyne éditeur en toute discrétion également.
Désormais grand-père et retraité actif, il a consacré ce recueil jeunesse à son quotidien le plus élémentaire et parle de « l’enfance éternelle » qui subsiste en chacun d’entre nous.
En 39 poèmes courts et émouvants, le poète dit son amour et son affection pour sa petite tribu : femme, enfants et petits-enfants, avec pudeur et attention, légèreté et gravité. Et ces « petits malheurs »-là nous font encore plus apprécier, en profondeur, le sel de la vie.

mercredi 19 mars 2025

Je suis fort dans un domaine qui n'existe pas de Simon Allonneau

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Simon ALLONNEAU
Images RASCAL
Je suis fort dans un domaine qui n'existe pas
Cheyne. - (Poèmes pour grandir), 2024
15 Euros

Simon Allonneau revient en poésie et c’est toujours drôle, grinçant et plein de fantaisie. 
C’est même plus jubilatoire peut-être que ses deux précédents recueils personnels où le poète quitte davantage l’humour noir pour un humour plus rose et moins désenchanté. Même si l’humour et l’absurde y cohabitent autant. J’ai déjà écrit que Simon Allonneau se situait entre Boris Vian et André Frédérique. Mais en grattant la fine pellicule du poème, on trouve aussi, derrière la cocasserie, une tendresse qui ne dit pas son nom. « Il suffit qu’un brin d’herbe aille dans mon sens c’est suffisant tout le reste peut pencher dans l’autre sens c’est ce brin d’herbe qui est important. »
Simon Allonneau est un auteur à part qui trace sa route en poésie, une route singulière et originale. Lisez-le sans plus attendre ! En 2015, je l'avais invité à la Médiathèque départementale du Nord, avec Grégoire Damon, autre découverte, dans le cadre des lectures-rencontres pour le 17e Printemps des Poètes. C’était tout simplement détonnant.

>> Chronique de Un jour on a jamais rien vu de Simon Allonneau (2013).
>> Chronique de La vie est trop vraie de Simon Allonneau (2015).

Sur la pointe des pieds de Christophe Jubien

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Christophe JUBIEN
Laurent PINABEL
Sur la pointe des pieds
Motus. - (Pommes pirates papillons), 2024
13 Euros

(Poésie jeunesse)

Christophe Jubien s’est spécialisé depuis quelque temps dans les formes courtes et le haïku.
Ses poèmes tendres, délicats, portent sur le monde un regard amusé et bienveillant avec un brin de malice. On pense à la fraîcheur des poèmes pour la jeunesse de David Dumortier et à ceux de Paul Vincensini. Les illustrations de Laurent Pinabel qui accompagnent chaque texte dynamisent le poème et le font toujours rebondir plus loin que lui-même. Une constante réussite de la collection « Pommes pirates papillons » des éditions Motus, dont c’est déjà le 38e titre !

mercredi 23 octobre 2024

Poésie/Gallimard, deux nouveautés à venir


La collection de poche « Poésie/Gallimard » est une consécration pour les poètes. Bien qu’elle reconnaisse parfois tardivement certains d’entre eux, comme René Guy Cadou (1920-1951), Abdellatif Laâbi (né en 1942) ou Anise Koltz (1928-2023) par exemple ou parfois avec trop de précocité.

Il faut néanmoins reconnaître qu’au début des années 90, cette collection m’a permis de mettre la plupart des poètes devenus des classiques dans ma bibliothèque, et de découvrir aussi un certain nombre de nos meilleurs poètes contemporains qui figuraient alors dans certaines de leurs anthologies.


Après l'édition poche des Poèmes bleus de Georges Perros, titre initialement paru en 1962 dans la belle collection « Le chemin », c’est au tour du poète Christian Dotremont du mouvement COBRA d’y être mis prochainement à l'honneur, par le biais d’une anthologie, en janvier 2025.


Avant ça, on pourra toujours patienter avec la parution, le 21 novembre prochain, d'une anthologie des poètes femmes surréalistes que l’on découvrait jadis au compte-goutte, à l’exception peut-être de Joyce Mansour… Le mal est enfin réparé !

femmes-surréalistes- poesie

>> Tous les titres de la Collection Poésie/Gallimard

lundi 6 mai 2024

Heptanes Fraxion, « une dinguerie »

comme dirait l'fiston, ou un poète qui envoie tout simplement du lourd depuis 2010, comme l'a déjà écrit son daron, et qui s'étonne encore aujourd'hui que cet « énergumène » ne soit pas encore édité au Diable Vauvert ni au Castor Astral depuis toutes ces années ?

Sur ce blog, je vous ai déjà fait part à plusieurs reprises de mon enthousiasme pour ce poète à l'occasion de la plupart de ses publications. Et je l'ai d'ailleurs, moi-même, très vite édité au sein des éditions aérolithe où sa plaquette a rapidement été épuisée.

Il n'est jamais trop tard pour découvrir un poète de cet acabit et il n'est jamais décevant non plus de retrouver à chaque fois le feu nourri et énergisant de son écriture :


heptanes-fraxion-poésie
un grand merci au petit requin à bosse


lorsque j’invite une copine à venir boire le café
et que je n’ai ni copine ni café
et qu’en plus je n’ai pas de tête
et qu’en plus je n’ai pas de cul
et que même tout nu je suis mal fringué
et que je suis sensible comme un quartier
et que j’entends une femme jouir à travers la VMC
et que je m’emmerde encore à lire du Philippe K. Dick
et que je fais encore du stop devant un hôpital
psychiatrique
et que tous mes rêves sont des jardins en ruine
qui donnent sur le vide
ben je ne me sens ni utile ni agréable dans ce monde
de douleurs…
alors je repense au petit requin à bosse
le petit requin à bosse qui est très fort
pour changer la merde en chocolat
et alors je dépanne le clochard du coin
celui qui dessine tout le temps des vélos volants
et alors je me laisse rafraîchir par le rire des enfants
et alors je mate la voisine qui arrose en string
ses rangées de tomates et son massif de roses
et alors je discute avec le mec du rez-de-chaussée
qui ne discute jamais avec personne
et alors je retombe sur un bouquin de Marc Behm
et alors je prends le risque de ne plus me faire chier
et avec cette devise je deviens d’un coup très riche
riche comme le Grand Éric qui pourtant
ne peut rien acheter.

Heptanes Fraxion, extrait de C’est la viande qui fait ça, Cormor en nuptial éd., 2019.

Ses publications :
Muer fait mal, ligne 19, autoéd. 2017
Il ne se passe rien mais je ne m'ennuie pas, Cormor en Nuptial éd., 2019
Et les gens continuent de tomber avec la nuit, aérolithe éd., 2019
C'est la viande qui fait ça, Cormor en Nuptial éd., 2019
Ô, Ėd. Les Chats de Mars, 2020
Errer me muscle, Gros Textes éd., 2020
Toujours pas de nouvelles de mon frère, éditions Ni Fait Ni À Faire, 2020
Je vais encore oublier de rentrer chez moi, Gros textes éd. 2021
Paraît que, Délit Buissonnier, tiré à part de la revue Nouveaux Délits, 2021
Ni chagrin d'amour ni combat de reptiles, Aux Cailloux des Chemins, 2022
Journée type d'un mec moyen, Gros textes éd. 2024

>> Un article de Florent Toniello sur un des recueils d'Heptanes Fraxion.

jeudi 18 avril 2024

Stéphanie Vovor et Christian Bobin

Deux livres de poésie complètement différents qui ont éclairé mes dernières lectures :


stephanie-vovor
Stéphanie Vovor
Frénésies : « La bouche fardée de gloss je suis venue brûler la ville. »
Le Castor Astral, coll. Poche/Poésie, oct. 2023
9,90 Euros

D'une jeune poétesse percutante, c'est à la fois moderne et rafraîchissant, et c'est surtout en prise directe avec le monde d'aujourd'hui où la jeunesse a raison de ne pas se laisser faire, en rébellion perpétuelle avec un système qui cherche à broyer les plus faibles et à dézinguer l'humanité au quotidien.
Avec elle ou avec d'autres, 
« je me ferais bien aussi une petite escapade ou Carlos Ghosn » à l'autre bout de la Terre.


christian-bobin
Dominique Pagnier
L'Arrière-Pays de Christian Bobin : les êtres, les lieux, les livres qui l'inspirent
L'Iconoclaste, 2018
22,90 Euros

 
Avec ce livre, on chemine dans l'arrière-cuisine de l'écriture 
de Christian Bobin (à partir de ses carnets et de ses archives personnelles ponctués de photos et d'éléments biographiques). Je ne suis pas un adepte de cet auteur même si j'avais aimé, au début des années 90, plusieurs titres de Bobin comme Une petit robe de fête ou La part manquante. Puis je me suis peu à peu éloigné de cet écrivain discret qui était, pour moi, trop avare de paroles, ou plutôt trop attaché au silence derrière les mots... Dans la même veine, je lui préférais les poèmes empreints de nature et de mysticisme de Jean Grosjean.

mercredi 25 octobre 2023

Farine, Vinau, Flahaut on the road pour la poésie...

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Début mars 2020, pour la 6e édition des lectures-rencontres poétiques de la Médiathèque départementale du Nord, j’invitais François de Cornière, à l’origine du courant de « la poésie du quotidien » dans les années 80, et Thomas Vinau
« chef de file » de la génération dite des poètes connectés apparu au milieu des années 2000, pour trois rendez-vous dans nos bibliothèques partenaires :
la prison de Douai, la Médiathèque départementale du Nord (Site d’Hellemmes-Lille) ainsi que la nouvelle Médiathèque « Louis Aragon » de Cuincy.

François dut hélas décommander à la toute dernière minute, victime d’une mauvaise grippe (qui s’avéra ensuite être la COVID). Jean Marc Flahaut puis moi-même le remplacèrent donc au débotté pour lire un choix de ses poèmes lors de deux de ces trois rencontres programmées.

Ce fut une semaine avant le grand confinement de mars 2020. Le midi, nous avions retrouvé la poétesse, Samantha Barendson, qui devait lire, quant à elle, aux mêmes dates, à la médiathèque de Feignies puis de Bavay, dans le Sud du Département.

Depuis, la poésie est toujours saine et sauve !

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© Photo Samantha Barendson, Lille, le 6 mars 2020.

jeudi 23 mars 2023

Ce que m'a soufflé la ville de Milène Tournier

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Ce que m’a soufflé la ville
Le Castor Astral, coll. Poche/Poésie, 2023
9 Euros


En mars 2019, je découvrais la voix nouvelle de Milène Tournier, née en 1988, publiée, pour la première fois en poésie, avec son titre Poèmes d’époque dans la collection « Polder » de la revue Décharge et des éditions Gros Textes. Elle a publié depuis, coup sur coup, plusieurs recueils de très bonne facture : L’Autre jour (2020) pour lequel elle a obtenu le prix « Révélation Poésie 2021 » de la Société des Gens de Lettres, Je t’aime comme (2021), Se coltiner grandir (2022) aux éditions Lurlure et tout dernièrement cet inédit : Ce que m’a soufflé la ville dans la récente collection Poche/Poésie des éditions du Castor Astral.

Milène Tournier écrit « en marchant » - entre 10 et 20 km par jour - pour se rendre à son travail de documentaliste en collège, en réalisant sur son parcours des petits films qu’elle monte, le soir, avant de les poster sur sa chaîne YouTube, comme des poèmes-vidéos.

Milène Tournier écrit qu’« elle a besoin du corps et de la ville pour écrire ». La ville - entre Paris et Cergy - est son jardin et les gens qui la peuplent dans toute leur diversité et singularité. On retrouve d’ailleurs dans ses textes des bribes de conversations échangées au coin de la rue, dans les transports en commun, la bibliothèque, la boulangerie, l’hôpital, le bar, un parc où la poétesse reprend souffle. Comme une éponge, Milène Tournier enregistre les turbulences et instants de grâce tristes et/ou merveilleux du quotidien. Avec délicatesse. Sans jamais forcer ni le ton ni la voix. Parfois même ses textes peuvent prendre la forme de poèmes brefs, de haïkus urbains.

L’écriture de Milène Tournier interpelle. Elle prend le temps d’observer le monde quand l’hyper connexion et l’accélération du temps nous plombent tous.

Sensible, empathique et intimiste, Milène Tournier écrit « pour être moins triste que la tristesse » en déambulant dans les rues de Paris. Et pour que la vie, surtout, la déborde et rayonne sans doute plus loin encore qu’elle-même et que son « journal ouvert ».

C’est une fois encore emballant et très réussi.

3 extraits choisis :

Je pense que je vais essayer
de faire un truc
une fois chez moi
avec des gens
a dit devant moi la fille
et c'était rassurant que pas seulement moi
sois vague avec la vie.

*

Comme ces dames de peut-être trente-huit ans
qui dans un étirement nuque et dos dans le métro
reprennent possession de leur corps entier
et soudain
ne sont plus des mères mais des lianes.

*

Je sèche ma pluie à la bibliothèque
il y a long que je n'ai pas eu
d'averse en moi.
Est-ce pour ça ou pas
que ce n'est jamais assez, et que j'ai envie
d'une bibliothèque pour l'anonymat et les toilettes,
en même temps
que du soleil grand prince sans nuance,
en même temps
qu'être un peu dans l'eau pour flotter,
en même temps
qu'avoir le droit de m'allonger, le droit de manger,
le droit d'être nue à part une culotte, car le droit
du sexe même me le donnant je ne le prendrais pas,
Mon Dieu avoir surtout le droit du temps de savoir que
demain est l'été,
et celui d'une famille, des amis et du monde,
comme un escalier qui monte et 
la maison s'agrandit.

vendredi 3 mars 2023

Fuego del Fuego, anthologie de poésie d'Amérique Latine à paraître très prochainement...

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Joie pour cette anthologie à paraître le 7 avril prochain en librairie ! 
Fuego del Fuego sera en plus publiée par un éditeur des Hauts-de-France : les éditions Les Étaques.

Sûre qu'elle sera aussi un bon cru car on la doit à Laurent Bouisset qui, avant de s'affirmer comme poète, anime depuis des années le site du même nom, Fuego del Fuego, où il n' a eu de cesse de nous faire découvrir les meilleurs poètes latino-américains des XXe et XXIe siècles : poètes aînés, comme des poètes plus actuels jusqu'ici alors totalement inconnus en France.

En septembre 2016, sur mon ancien blog Poebzine, je présentais succinctement l'enthousiasmant bonhomme et lui avais demandé de me sélectionner trois poètes majeurs guatémaltèques pour déjà nous mettre l'eau à la bouche !


Il m'avait proposé trois grands auteurs incontournables : Luis Alfredo Arango, Manuel José Arce et Julio C. Palencia.

La puissance de leurs textes et de leur univers poétiques respectifs m'avaient littéralement scotché.

J'espère que nous serons nombreuses et nombreux à acheter cette anthologie qui, j'en suis parfaitement sûr, vaudra le détour !

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Le poète guatémaltèque, Julio C. Palencia
en compagnie de Laurent Bouisset ©

Avec cette anthologie salutaire en poésie, Laurent Bouisset se place en quelque sorte dans les pas d'un Roger Caillois qui, avec sa collection La Croix du Sud, proposa de 1952 à 1970 chez Gallimard, les meilleurs romans ibéro-américains.

Muchas gracias Laurent Bouisset, hasta luego  y sobretodo larga vida a la Poesia !


Fuego del Fuego, le blog de Laurent Bouisset

Le site des éditions Les Étaques

jeudi 3 novembre 2022

Le prénom a été modifié de Perrine Le Querrec

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Éditions La Contre Allée
coll. La Sentinelle, 2022
15,50 Euros

« Le prénom a été modifié » est une formule consacrée que l’on retrouve dans les articles de presse relatant les procès, afin de préserver l’anonymat des victimes ou des présumés
coupables. Mais Le prénom a été modifié est aussi et surtout le titre de ce livre uppercut, 
écrit par Perrine Le Querrec, publié d’abord une première fois, en 2014, aux défuntes éditions Les Doigts dans la prose, et republié aujourd’hui par les éditions La Contre Allée.

Comme pour le recueil Rouge Pute qu’elle a écrit après Le prénom a été modifié, Perrine Le Querrec utilise la boue du réel pour forger une poésie âpre, corrosive, explosive, qui dit à la fois l’horreur et l’indicible.

Quel en est le sujet ?

Fin des années 2010 s’est déroulé le très médiatique procès dit des « Tournantes de Fontenay ». « Tournantes » pour ne pas dire viols en réunion, à répétition.
Les victimes sont deux jeunes filles. Deux dont le nom est modifié, invisibilisé, oublié.
Deux filles qui ont subi des viols, dans les caves et les airs de jeux.
Deux filles qui ont été violées pendant deux ans, par quinze hommes, parfois mineurs, devenus bons pères de famille. Ou qui ont fui.
Deux filles qui avaient 15 ans.

Le procès a lieu 15 ans plus tard. Il perpétue la souffrance, l’incompréhension, la mise à
mort. L’injustice.

Chaque matin, Perrine Le Querrec s’est assise à sa table et a écrit ces mots, comme une litanie : « C’est tout noir et marche devant seule droite avance en face debout. » Et le reste des mots suivait… Il fallait aller les chercher, les crier, les écrire pour gagner la guerre du silence.

Elle, plurielle et singulière, a une voix, un visage. Celui d’une ado rieuse, paillettes et copines, rêvant au grand amour.
« Mauvais choix les paillettes les rires danser sur le lit. Mauvais choix descendre les escaliers aller dehors parler sourire. Mauvais choix. Fille facile. Taspée des caves. Pute ».
Vendue par son « amoureux », poussée dans l’escalier. Violée, sodomisée battue, humiliée pendant des mois.
« Ils s’engueulent pour savoir qui passera le premier Après ils sont d’accord ».

15 ans. 15 ans à ne pas vivre, ne pas survivre. Cloîtrée, niée.
15 ans, avec le fardeau de 70 kilos supplémentaires à porter tous les jours.
Le poids d’un homme.
« 120 kilos. Oui regardez-les et le jogging mais si tu m’avais vu à 15 ans jolie et fine avec un sourire. Tu sais un sourire bien en face parce qu’il n ‘y a pas encore le mur de la cave »

15 ans de honte. 15 ans à croiser les bourreaux, à vivre dans le même immeuble, à passer devant la cabane de l’aire de jeux pour enfants, la cave.
15 ans d’agonie, de peur.

Et puis le tribunal.
« Depuis 15 ans la mort est là. C’est son grand jour ».

Perrine-Le-Querrec
Crédits photo : Fondation Jan Michalski
Perrine Le Querrec dit l’intime au plus profond, dans une langue à la poésie brute, mais seule capable d’incarner le ton juste.

Texte sans concession, Le prénom a été modifié prend à la gorge, secoue, happe, remue, tatoue à vif.

Un livre choc, marquant, que l’éditeur nordiste, La Contre Allée, a eu la bonne idée de rééditer !


>> Bio-bibliographie de Perrine Le Querrec

jeudi 15 septembre 2022

Jean L'Anselme et Michel Ragon...

 proposant leur revue Peuple et Poésie (1947-1951) au Marché de la Poésie de Paris en 1947.

Jean-L-Anselme

La poésie, c'est plus ce que c'était !

mardi 16 août 2022

Les Façons d'être émerveillantes de François de Cornière

Francois-de-Cornière
Le poète sur sa plage préférée en 2019.
François de Cornière vient de publier une troisième anthologie, Les Façons d'être, dans la nouvelle collection Poche / Poésie du Castor Astral. Il avait publié précédemment en 1999 une première anthologie, C'était quand ?, au dé bleu. Puis une seconde anthologie, Ces moments-là, vite épuisée également au Castor Astral en 2010.

Si vous n'avez pas encore fait connaissance avec ce grand poète, c'est le moment ! Cette anthologie coûte 9 Euros. Elle regroupe des extraits des quatre derniers recueils du poète mais également un ensemble de textes inédits intitulé « Sans place attribuée ».

En fin de recueil, un texte particulièrement bien troussé évoque, pour les plus jeunes, le parcours de François de Cornière depuis le début des années 80 à Caen, en tant qu'animateur culturel au service des autres écrivains par le truchement des « Rencontres pour Lire » qu'il anima pendant plus de 30 ans, comme sa vive ascension au sein de la poésie de son temps, avec les encouragements des poète aînés majeurs : Luc Bérimont, Eugène Guillevic, Jean Rousselot, Georges Mounin, Jean L'Anselme, Georges L. Godeau ... puis des poètes de sa génération comme Pierre Autin-Grenier, Patrice Delbourg, Jean-Pierre Georges, Michel Baglin ou Georges Cathalo, qu'il accueillit notamment dans sa revue de poésie « La corde raide ».

François de Cornière avait cessé d'écrire pendant une dizaine d'années...

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Il manquait à beaucoup d'entre nous. Je lui avais d'ailleurs écrit en 2006. L' air de rien, avec toujours ce même souci d'être lisible pour tous, la poésie de François de Cornière touche toujours au cœur. Il dit lui-même « écrire le journal de sa vie en poèmes » et c'est sans doute ce qui nous le rend aussi familier depuis tant d'années. Même si depuis quelques recueils, son écriture épurée, simple et précise - qui donnait à lire des poèmes instantanés comme des clichés photographiques - sont devenus de longs poèmes narratifs, plus introspectifs, avec davantage de lâcher prise, sans perdre pour autant leur capacité à nous émouvoir.

En lisant la poésie de François de Cornière, on songe aussi entre les lignes à d'autres poètes amis qui partageaient la même exigence et la même économie de moyens : Eugène Guillevic, Claude Roy, Robert Walser... Des poètes au pointillisme délicat, des poètes « pattes d'oiseau », des poètes « libellules » dont la justesse et la sensibilité touchent souvent.

Avec ce copieux recueil au format poche, François de Cornière propose à nouveau un bon cru de lui-même, qu'il crawle avec ses palmes sous la pluie à l'abri de tout ou qu'il s'assoit à la fenêtre de sa vie qui s'ensoleille à nouveau, carnet à portée de main, attentif toujours aux instants qui passent, au tissu flamboyant et fragile de nos jours...

François-Xavier Farine, Saint-Julien d'Asse, le 9 août 2022.

vendredi 11 mars 2022

Milène Tournier, nouvelle voix à la poésie permanente

Milène-Tournier
Milène Tournier est née à Nice en 1988 et vit à Paris, où elle est documentaliste dans un lycée. Elle est apparue sur « la scène » poétique dès 2019 et pratique l’écriture vidéo en partageant régulièrement son travail sur YouTube et Facebook.

J’ai plutôt envie de parler de son travail poétique comme d’une sorte de « poésie intégrale ».

Milène Tournier arpente la capitale, marche beaucoup (une vingtaine de kilomètres par jour) pour rejoindre son travail ou son domicile.

En se déplaçant dans la ville, elle se filme et filme les gens, les vitrines des magasins, les affiches, les monuments, les choses qu’on abandonne par terre… De tout ce qu’elle voit, avec toute cette matière vivante ou pas, elle recompose des « poèmes urbains » qui mêlent à la fois le beau, le sensible, le trivial et l’insolite.

En lisant la poésie de Milène Tournier, on redécouvre le réel sous son regard d'observatrice en éveil. Sa poésie produit un ré-enchantement du quotidien, du « tout ordinaire » comme elle l’a d’ailleurs écrit elle-même.

Elle écrit aussi parfois des textes amples qui parlent de la complexité des rapports familiaux, de leur caractère émouvant, déchirant et passionnel. Parfois aussi des haïkus lourds légers comme celui-ci :

Le clochard parle
Au pain qu’il mange
C’est résoudre deux problèmes en une fois.

ou celui-là :

Et tu mettras ta main sous mon ventre comme
Le ciel se pose
Sur les avions.

Je comprends bien ce qu’on peut aimer dans sa poésie, c’est à la fois sa force et sa fraîcheur mues par une soif d’absolu, où la poétesse pousse souvent les murs étriqués du poème avec les ressorts de l’imaginaire ou la nostalgie heureuse de l’enfance… avec, parfois, une veine presque lyrique dans l’expression des sentiments qui, personnellement, ne me déçoit pas.

Milène Tournier a déjà publié trois recueils de poésie : Poèmes d’époque, préfacé par François Bon, dans la collection Polder (le n°184) dirigée par Claude Vercey, en 2019 ; L’autre jour puis Je t’aime comme en 2020 et 2021 aux éditions Lurlure.

Elle a reçu en janvier 2022 le Prix « Révélation Jeune Poésie » de la Société des Gens de Lettres (SGDL) pour son deuxième recueil.


Milène Tournier n’a pas qu’une corde à son arc puisqu’elle s’exprime aussi dans le théâtre (deux pièces éditées et jouées actuellement) et le court métrage.

samedi 15 janvier 2022

Laura Kasischke, cosmique et quotidienne

laura-kasischke-anthologie-poésie
 
Où sont-ils maintenant : Anthologie personnelle : poèmes
Gallimard. - (Du monde entier), 2021
23,50 Euros

Écrivaine américaine vivant dans le Michigan où elle enseigne, Laura Kasischke était plus connue pour ses romans et ses nouvelles bien qu’elle ait commencé par la poésie comme elle le dit elle-même. Elle a pourtant publié dix recueils de poèmes et reçu plusieurs prix importants.

La collection « Du monde entier » chez Gallimard s’attache à nous faire découvrir, depuis 1931, les grands noms de la littérature étrangère et favorise aussi, en France, depuis ces dernières décennies, l’émergence et la reconnaissance de nouveaux talents : Philipp Roth, Martin Amis, Ian McEwan, Arundhaty Roy, Manuel Rivas, Bernard Schlinck, Jonathan Coe, Ludmila Oulitskaïa, Erri De Luca, Zadie Smith, Orhan Pamuk ou Elena Ferrante.

Bien que lyrique, « métaphorée » et marquée par l’empreinte évidente des meilleurs surréalistes français (Desnos, Péret), la poésie de Laura Kasischke possède un étrange pouvoir d’attraction. Elle convoque le cosmique et le quotidien dans un savant mélange d’intensité et de prosaïsme brut, dans des poèmes au souffle ample et généreux, traversés par le désir, l’angoisse, la mort, la vie, et vous emporte dans un maelström de sensations vertigineux.

La dernière fois que j’ai ressenti pareil choc en poésie, ce fut à la lecture de l’anthologie Baltiques : poèmes (1954-2004) du poète suédois Tomas Tranströmer.

Seul petit bémol à cette belle anthologie, elle n’est, hélas, pas en version bilingue.

mercredi 12 janvier 2022

Poésie Seghers


Au début des années 70, le poète et critique Bernard Delvaille, à qui on doit notamment la capitale anthologie
 « blue jeans » de La Nouvelle Poésie Française (1974), crée en 1975, chez Seghers, une nouvelle collection.

bernard-delvaille-seghers
Ce sera Poésie 75 puis Poésie 76. Je ne sais plus où ni dans quel livre, j'ai lu que cette collection si typique avait pour nom poésie froide ou poésie électrique ?

On y trouve des superbes recueils de poètes qui confirmeront la confiance que ce directeur de collection avait alors mis en eux, malgré leur jeunesse, sans jamais le décevoir.

Ces jeunes poètes se nommaient Matthieu Messagier, Bernard Vargaftig, Pierre Tilman, Lucien Francoeur, Eugène Savitzkaya ou encore Alain Jouffroy...

En plus, ces recueils sont beaux, bons, efficaces et plaisants, jusque dans la simplicité graphique de leur couverture.

En savoir plus sur Bernard Delvaille (1931-2006), poète et critique par Patrick Kachéchian, Le Monde du 24 avril 2006.



vendredi 19 novembre 2021

Un monde parfait / Les Innocents

On a des bibles
des hymnes, des icônes
le jour du Seigneur
Enghien, Silverstone
tout un nuancier
l'homme invisible
et celui de vingt heures
les chanteurs
les cercueils, les cyclones

le convertible
les membres inférieurs,
comme le cœur
on cherche un emploi
tout reste plié
cette idée terrible
en nos douillets intérieurs
d'aujourd'hui devenu autrefois
humain de métier

C'est un monde parfait
de Papeete jusqu'à l'au-delà
c'est un monde parfait
on pourrait imaginer vivre là

l'inaccessible
une étoile meilleure,
trouver l'âme sœur
au-dessus de l'ozone
une branche éloignée
un combustible
brûler nos pesanteurs
vus d'ailleurs
on est tous autochtones
humain de métier

C'est un monde parfait
presqu'aussi parfait qu'il est plat
c'est un monde parfait
mais on est bien au-dessus de ça

vus d'ailleurs
on est tous autochtones
humain de métier

C'est un monde parfait
le vent souffle, on ne bouge pas
c'est un monde parfait
on s'en ira, le vent restera
un monde parfait...


Paroliers : Jean-Christophe Urbain / Jean-Philippe Nataf
Paroles de « Un monde parfait » © BMG Rights Management, BMG Rights Management (France).

samedi 30 octobre 2021

Chihuahua Pearl

david-hockney-piscine


Elle est belle
comme la terrasse
d'une piscine de grand hôtel
en hiver
comme ces tombes mexicaines
recouvertes de confettis
comme un écureuil
qui traverse la départementale mouillée
un dimanche matin
comme la veilleuse oubliée
dans la nuit d'un enfant
elle est belle crois-moi
comme le parfum de la vie
qui te marche sur les pieds

Thomas Vinau

Extrait de
Poèmes d'une Amérique imaginée. in Le Coeur pur du barbare.
Le Castor Astral, coll. Poche/Poésie, 2021
9 Euros.

vendredi 24 septembre 2021

Cécile Coulon torpillée par Frédéric Beigbeder dans le Figaro...

Frédéric-Beigbeder

Publier, c'est s'exposer à la critique. En matière littéraire, elle est hélas devenue trop souvent consensuelle. J'ai de plus en plus l'impression, surtout en poésie, que la plupart des journalistes de presse écrite ne lisent que la quatrième de couverture et le courrier de promotion accompagnant les ouvrages reçus en Service de Presse.
À de trop rares exceptions tels Stéphane Bataillon ou Guillaume Lecaplain, ils ne connaissent à peu près rien à la poésie d'hier et d'aujourd'hui.

Dès novembre 2018, j'avais écrit sur ce blog le billet d'humeur suivant :
« Cécile Coulon, Prix Apollinaire 2018 : j'en tombe à la renverse. »

J'avais été un des seuls, à l'époque, dans le petit milieu de la poésie, à m'ériger contre ce prix remis à Cécile Coulon, pour la simple et bonne raison que le recueil en question (Les Ronces) me paraissait assez moyen et les poèmes de qualité inégale pour un des prix les plus importants qui couronne, chaque année, depuis 1985, le Goncourt de la Poésie.

J’avais écrit ce post en moins de dix minutes. Je n'avais pas eu envie non plus d'avoir la dent trop dure envers la « jeune » poétesse de 26 ans, ni de perdre un temps précieux à élaborer une longue critique plus argumentée.

Jusqu'ici, j’avais toujours préféré me taire et défendre les bons poètes, en revues comme sur Internet, ce depuis 2001. Ensuite, au milieu des années 2000, je me suis aussi intéressé aux poètes de la nouvelle génération dont la plupart m’ont enthousiasmé en leur consacrant parfois même plusieurs articles : Amandine Marembert, Sophie G. Lucas, Claire Malroux, Thomas Vinau (publié depuis en Poche poésie), Jean Marc Flahaut, Christophe Esnault, Christophe Siébert (publié depuis au Diable Vauvert), Marlène Tissot, Grégoire Damon (publié depuis chez Buchet-Chastel), Simon Allonneau, Emanuel Campo, Sammy Sapin, Marc Guimo, Perrin Langda , Guillaume Siaudeau, Thierry Roquet, Thierry Radière (publié depuis aux éditions de La Table Ronde), Frédérick Houdaer (publié depuis au Dilettante), Samantha Barendson (publiée depuis chez Jean-Claude Lattès), Heptanes Fraxion, Florentine Rey

Suite à mon petit post agacé, un article du jeune journaliste, Thomas Deslogis, «Poésie française, ton univers impitoyable » avait paru sur Slate.fr, où celui-ci avait quelque peu caricaturé mon propos. Il venait alors à la rescousse de la poétesse télégénique, dont il était proche.
Vive la neutralité de la presse !

Je n'ai jamais demandé un droit de réponse au journal en ligne. J’aurais pu.
Par contre, j'ai répondu en privé à Thomas Deslogis pour lui expliquer clairement ma position et le pourquoi de ce billet qu’il jugeait « aigre » quand je le trouvais au contraire totalement justifié.

Aujourd’hui, c'est au tour du romancier et critique, Frédéric Beigbeder, de ne plus mâcher ses mots et d'enfoncer le clou dans un court article extrait du Figaro au sujet de Cécile Coulon en écrivant clairement qu’il y a « tromperie sur la poétesse », alors qu’elle est pourtant invitée partout depuis quatre ans pour parler de la poésie sur tous les plateaux télé (qui n’y connaissent évidemment strictement rien non plus en ce domaine) et malgré le fait aussi qu’elle ait également vendu (on me rétorquera) plus de 10 000 exemplaires de son recueil, Les Ronces, auprès du grand public.

Ce à quoi je peux aisément répliquer que, quand on possède la puissance de feu d'un éditeur de poésie comme le Castor Astral, on peut facilement faire monter un auteur au firmament de l'édition poétique, en plaçant son livre bien en évidence avec le bandeau du « Prix Apollinaire 2018 » en tête de gondole de tous les rayons poésie des librairies de France et de Navarre.
Ce que tous les éditeurs de poésie feraient bien évidemment en pareil cas : il ne faut pas non plus être dupe !

« Plus de 10 000 exemplaires vendus en poésie, Monsieur, c'est tout de même incroyable... ça prouve que son recueil plaît au plus grand nombre ! »

- « Et alors ? Qu’est-ce que cela prouve ? » Sinon qu’en poésie, elle est un peu l’équivalent d'un Guillaume Musso en littérature. À chacun son trip poétique...

Depuis novembre 2018, j’ai écrit que ce n’était pas le mien. Et que plein d’autres auteurs et autrices méconnus du vieux jury de l’Apollinaire auraient déjà  avoir droit au chapitre.

Rien de plus, rien de moins. « Le petit poète » (et chroniqueur amateur) que je suis - pour parodier le titre d’un bon petit ouvrage de Roland Bacri, ex-poète au Canard Enchaîné - n’est pas mécontent d’être enfin rejoint par l’avis cinglant de ce grand Monsieur, écrivain, critique et fin connaisseur du Monde des Lettres, et notamment de la littérature américaine.

lundi 30 août 2021

Abdellatif Laâbi, fraternel et écorché

laâbi-anthologie jeunesse
Ce que poète désire : Anthologie de poèmes pour la jeunesse
Illustré par Laurent Corvaisier
Rue du Monde, 2021. - (Livres-événements)
17,80 Euros

Né à Fès en 1942, grande voix de la poésie contemporaine, Goncourt de la Poésie 2009, l’écrivain franco-marocain, Abdellatif Laâbi, a composé lui-même une anthologie de ses poèmes (de 1981 à 2020) pour jeunes lecteurs, égayée par les illustrations colorées et vibrantes de Laurent Corvaisier, mais qui conviendra aussi à chacun d’entre nous.
On y retrouve ses thèmes de prédilection : l’insoumission, l’engagement face à tout type de barbarie, de totalitarisme et de haine ; l’espoir en une liberté commune et en l’être humain ; la foi indéfectible en l’amour, la poésie.
Ces poèmes sont simples et percutants et ne retiennent que l’essentiel.
Ils sont étroitement liés au parcours d’homme d’Abdellatif Laâbi et à son existence de poète militant, emprisonné pendant 8 ans dans les geôles d’Hassan II, et qui, revenu de l’enfer, n’a de cesse de continuer  de témoigner passionnément pour le sel de la vie, avec « les  mots de la tendresse » et « le bréviaire de la fraternité » au poing.

Le site de l'écrivain Abdellatif Laâbi

mercredi 23 juin 2021

Une lettre inédite du poète André Laude (1936-1995)

André Laude
47 rue chapon
75003 Paris

                                      Lettre du 4 novembre (1985 ?) à Éric Ballandras

andré-laude
J’ai bien reçu votre courrier. Je ne puis malheureusement pas m’abonner actuellement. Je suis – malade et chargé d’âmes – dans une situation économique pénible. Au point que l’écriture poétique est en sommeil.

Tous mes vœux à « la Bartavelle ».
Il me plaît que vous inaugureriez avec Georges Herment. Lui, Jean Malrieu, Gerald Neveu, tous morts, furent mes amis et furent amis entre eux, amitiés volcaniques.

J’ai participé à la naissance (et à l’agonie) de nombreuses revues. Épuisante aventure. Pourtant je persiste. Nous préparons entre France et Québec Levée d’encre. C’est François Vignes des Ed. la Table rase (où va paraître un volume d’hommages à Malrieu) qui est le maître d’œuvre.

Tenez-moi au courant. Je parlerai autour de moi.

Mes amitiés
André Laude.