Ce blog est un laboratoire à ciel ouvert. Vous y trouverez des textes, articles et notes de lectures sur la poésie d'aujourd'hui. Succédant à « Poebzine » (2010-2016), il poursuit la belle aventure du feu.
Rubriques
- Cabinet de lectures
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- Chroniques poétiques
- Des z'inédits
- François-Xavier Farine
lundi 24 mars 2025
Les Petits Malheurs de Jean-Claude Dubois
Estelle AGUELON
Les Petits Malheurs. - (Poèmes pour grandir)
Cheyne, 2017
15 Euros
(Poésie jeunesse)
Né en 1954 dans le Nord, Jean-Claude Dubois est un poète discret, d’un village du Mélantois, qui ne doit plus pour autant passer inaperçu. Il a obtenu le prix de poésie Roger-Kolwalski en 1988 pour Le bois d’absence puis écrit d’autres recueils de poésie remarqués comme Le Canal en 2001. En 1998, il a été l’initiateur d’une superbe anthologie, Le silence parle ma langue, qui regroupait alors les principaux poètes du Nord/Pas-de-Calais et a longtemps été directeur de la collection verte chez Cheyne éditeur en toute discrétion également.
Désormais grand-père et retraité actif, il a consacré ce recueil jeunesse à son quotidien le plus élémentaire et parle de « l’enfance éternelle » qui subsiste en chacun d’entre nous.
En 39 poèmes courts et émouvants, le poète dit son amour et son affection pour sa petite tribu : femme, enfants et petits-enfants, avec pudeur et attention, légèreté et gravité. Et ces « petits malheurs »-là nous font encore plus apprécier, en profondeur, le sel de la vie.
mercredi 19 mars 2025
Je suis fort dans un domaine qui n'existe pas de Simon Allonneau
Simon ALLONNEAU
Images RASCAL
Je suis fort dans un domaine qui n'existe pas
Cheyne. - (Poèmes pour grandir), 2024
15 Euros
Simon Allonneau revient en poésie et c’est toujours drôle,
grinçant et plein de fantaisie.
C’est
même plus jubilatoire peut-être que ses deux précédents recueils personnels où le poète
quitte davantage l’humour noir pour un humour plus rose et moins désenchanté. Même
si l’humour et l’absurde y cohabitent autant. J’ai déjà écrit que Simon
Allonneau se situait entre Boris Vian et André Frédérique. Mais en grattant la
fine pellicule du poème, on trouve aussi, derrière la cocasserie, une tendresse
qui ne dit pas son nom. « Il suffit qu’un brin d’herbe aille dans mon sens
c’est suffisant tout le reste peut pencher dans l’autre sens c’est ce brin
d’herbe qui est important. »
Simon Allonneau est un auteur à part qui trace
sa route en poésie, une route singulière et originale. Lisez-le sans plus
attendre ! En 2015, je l'avais invité à la Médiathèque départementale du Nord,
avec Grégoire Damon, autre découverte, dans le cadre des lectures-rencontres pour le 17e Printemps des Poètes. C’était tout simplement détonnant.
>> Chronique de Un jour on a jamais rien vu de Simon Allonneau (2013).
>> Chronique de La vie est trop vraie de Simon Allonneau (2015).
Sur la pointe des pieds de Christophe Jubien
Christophe JUBIEN
Laurent PINABEL
Sur la pointe des pieds
Motus. - (Pommes pirates papillons), 2024
13 Euros
(Poésie jeunesse)
Christophe Jubien s’est spécialisé depuis quelque temps dans les formes courtes et le haïku.
Ses poèmes tendres, délicats, portent sur le monde un regard amusé et
bienveillant avec un brin de malice. On pense à la fraîcheur des poèmes pour la
jeunesse de David Dumortier et à ceux de Paul Vincensini. Les illustrations de
Laurent Pinabel qui accompagnent chaque texte dynamisent le poème et le font
toujours rebondir plus loin que lui-même. Une constante réussite de la
collection « Pommes pirates papillons » des éditions Motus, dont
c’est déjà le 38e titre !
mercredi 23 octobre 2024
Poésie/Gallimard, deux nouveautés à venir
La collection de poche « Poésie/Gallimard » est une consécration pour les poètes. Bien qu’elle reconnaisse parfois tardivement certains d’entre eux, comme René Guy Cadou (1920-1951), Abdellatif Laâbi (né en 1942) ou Anise Koltz (1928-2023) par exemple ou parfois avec trop de précocité.
Après l'édition poche des Poèmes bleus de Georges Perros, titre initialement paru en 1962 dans la belle collection « Le chemin », c’est au tour du poète Christian Dotremont du mouvement COBRA d’y être mis prochainement à l'honneur, par le biais d’une anthologie, en janvier 2025.
lundi 6 mai 2024
Heptanes Fraxion, « une dinguerie »
comme dirait l'fiston, ou un poète qui envoie tout simplement du lourd depuis 2010, comme l'a déjà écrit son daron, et qui s'étonne encore aujourd'hui que cet « énergumène » ne soit pas encore édité au Diable Vauvert ni au Castor Astral depuis toutes ces années ?
Sur ce blog, je vous ai déjà fait part à plusieurs reprises de mon enthousiasme pour ce poète à l'occasion de la plupart de ses publications. Et je l'ai d'ailleurs, moi-même, très vite édité au sein des éditions aérolithe où sa plaquette a rapidement été épuisée.
Il n'est jamais trop tard pour découvrir un poète de cet acabit et il n'est jamais décevant non plus de retrouver à chaque fois le feu nourri et énergisant de son écriture :
lorsque j’invite une copine à venir boire le café
et que je n’ai ni copine ni café
et qu’en plus je n’ai pas de tête
et qu’en plus je n’ai pas de cul
et que même tout nu je suis mal fringué
et que je suis sensible comme un quartier
et que j’entends une femme jouir à travers la VMC
et que je m’emmerde encore à lire du Philippe K. Dick
et que je fais encore du stop devant un hôpital
psychiatrique
et que tous mes rêves sont des jardins en ruine
qui donnent sur le vide
ben je ne me sens ni utile ni agréable dans ce monde
de douleurs…
alors je repense au petit requin à bosse
le petit requin à bosse qui est très fort
pour changer la merde en chocolat
et alors je dépanne le clochard du coin
celui qui dessine tout le temps des vélos volants
et alors je me laisse rafraîchir par le rire des enfants
et alors je mate la voisine qui arrose en string
ses rangées de tomates et son massif de roses
et alors je discute avec le mec du rez-de-chaussée
qui ne discute jamais avec personne
et alors je retombe sur un bouquin de Marc Behm
et alors je prends le risque de ne plus me faire chier
et avec cette devise je deviens d’un coup très riche
riche comme le Grand Éric qui pourtant
ne peut rien acheter.
Muer fait mal, ligne 19, autoéd. 2017
Il ne se passe rien mais je ne m'ennuie pas, Cormor en Nuptial éd., 2019
Et les gens continuent de tomber avec la nuit, aérolithe éd., 2019
C'est la viande qui fait ça, Cormor en Nuptial éd., 2019
Ô, Ėd. Les Chats de Mars, 2020
Errer me muscle, Gros Textes éd., 2020
Toujours pas de nouvelles de mon frère, éditions Ni Fait Ni À Faire, 2020
Je vais encore oublier de rentrer chez moi, Gros textes éd. 2021
Paraît que, Délit Buissonnier, tiré à part de la revue Nouveaux Délits, 2021
Ni chagrin d'amour ni combat de reptiles, Aux Cailloux des Chemins, 2022
Journée type d'un mec moyen, Gros textes éd. 2024
>> Un article de Florent Toniello sur un des recueils d'Heptanes Fraxion.
jeudi 18 avril 2024
Stéphanie Vovor et Christian Bobin
Frénésies : « La bouche fardée de gloss je suis venue brûler la ville. »
Le Castor Astral, coll. Poche/Poésie, oct. 2023
9,90 Euros
Avec elle ou avec d'autres, « je me ferais bien aussi une petite escapade ou Carlos Ghosn » à l'autre bout de la Terre.
L'Arrière-Pays de Christian Bobin : les êtres, les lieux, les livres qui l'inspirent
L'Iconoclaste, 2018
22,90 Euros
Avec ce livre, on chemine dans l'arrière-cuisine de l'écriture de Christian Bobin (à partir de ses carnets et de ses archives personnelles ponctués de photos et d'éléments biographiques). Je ne suis pas un adepte de cet auteur même si j'avais aimé, au début des années 90, plusieurs titres de Bobin comme Une petit robe de fête ou La part manquante. Puis je me suis peu à peu éloigné de cet écrivain discret qui était, pour moi, trop avare de paroles, ou plutôt trop attaché au silence derrière les mots... Dans la même veine, je lui préférais les poèmes empreints de nature et de mysticisme de Jean Grosjean.
mercredi 25 octobre 2023
Farine, Vinau, Flahaut on the road pour la poésie...
Depuis, la poésie est toujours saine et sauve !
jeudi 23 mars 2023
Ce que m'a soufflé la ville de Milène Tournier
Le Castor Astral, coll. Poche/Poésie, 2023
9 Euros
En mars 2019, je découvrais la voix nouvelle de Milène Tournier, née en 1988, publiée, pour la première fois en poésie, avec son titre Poèmes d’époque dans la collection « Polder » de la revue Décharge et des éditions Gros Textes. Elle a publié depuis, coup sur coup, plusieurs recueils de très bonne facture : L’Autre jour (2020) pour lequel elle a obtenu le prix « Révélation Poésie 2021 » de la Société des Gens de Lettres, Je t’aime comme (2021), Se coltiner grandir (2022) aux éditions Lurlure et tout dernièrement cet inédit : Ce que m’a soufflé la ville dans la récente collection Poche/Poésie des éditions du Castor Astral.
de faire un truc
une fois chez moi
avec des gens
a dit devant moi la fille
et c'était rassurant que pas seulement moi
sois vague avec la vie.
qui dans un étirement nuque et dos dans le métro
reprennent possession de leur corps entier
et soudain
ne sont plus des mères mais des lianes.
il y a long que je n'ai pas eu
d'averse en moi.
Est-ce pour ça ou pas
que ce n'est jamais assez, et que j'ai envie
d'une bibliothèque pour l'anonymat et les toilettes,
que du soleil grand prince sans nuance,
en même temps
qu'être un peu dans l'eau pour flotter,
vendredi 3 mars 2023
Fuego del Fuego, anthologie de poésie d'Amérique Latine à paraître très prochainement...
Sûre qu'elle sera aussi un bon cru car on la doit à Laurent Bouisset qui, avant de s'affirmer comme poète, anime depuis des années le site du même nom, Fuego del Fuego, où il n' a eu de cesse de nous faire découvrir les meilleurs poètes latino-américains des XXe et XXIe siècles : poètes aînés, comme des poètes plus actuels jusqu'ici alors totalement inconnus en France.
En septembre 2016, sur mon ancien blog Poebzine, je présentais succinctement l'enthousiasmant bonhomme et lui avais demandé de me sélectionner trois poètes majeurs guatémaltèques pour déjà nous mettre l'eau à la bouche !
Il m'avait proposé trois grands auteurs incontournables : Luis Alfredo Arango, Manuel José Arce et Julio C. Palencia.
La puissance de leurs textes et de leur univers poétiques respectifs m'avaient littéralement scotché.
Fuego del Fuego, le blog de Laurent Bouisset
Le site des éditions Les Étaques
jeudi 3 novembre 2022
Le prénom a été modifié de Perrine Le Querrec
Éditions La Contre Allée
coll. La Sentinelle, 2022
15,50 Euros
Quel en est le sujet ?
Deux filles qui ont subi des viols, dans les caves et les airs de jeux.
Le procès a lieu 15 ans plus tard. Il perpétue la souffrance, l’incompréhension, la mise à
mort. L’injustice.
Chaque matin, Perrine Le Querrec s’est assise à sa table et a écrit ces mots, comme une litanie : « C’est tout noir et marche devant seule droite avance en face debout. » Et le reste des mots suivait… Il fallait aller les chercher, les crier, les écrire pour gagner la guerre du silence.
Elle, plurielle et singulière, a une voix, un visage. Celui d’une ado rieuse, paillettes et copines, rêvant au grand amour.
« Mauvais choix les paillettes les rires danser sur le lit. Mauvais choix descendre les escaliers aller dehors parler sourire. Mauvais choix. Fille facile. Taspée des caves. Pute ».
15 ans. 15 ans à ne pas vivre, ne pas survivre. Cloîtrée, niée.
15 ans de honte. 15 ans à croiser les bourreaux, à vivre dans le même immeuble, à passer devant la cabane de l’aire de jeux pour enfants, la cave.
15 ans d’agonie, de peur.
Et puis le tribunal.
« Depuis 15 ans la mort est là. C’est son grand jour ».
![]() |
| Crédits photo : Fondation Jan Michalski |
Texte sans concession, Le prénom a été modifié prend à la gorge, secoue, happe, remue, tatoue à vif.
Un livre choc, marquant, que l’éditeur nordiste, La Contre Allée, a eu la bonne idée de rééditer !
jeudi 15 septembre 2022
Jean L'Anselme et Michel Ragon...
mardi 16 août 2022
Les Façons d'être émerveillantes de François de Cornière
| Le poète sur sa plage préférée en 2019. |
Si vous n'avez pas encore fait connaissance avec ce grand poète, c'est le moment ! Cette anthologie coûte 9 Euros. Elle regroupe des extraits des quatre derniers recueils du poète mais également un ensemble de textes inédits intitulé « Sans place attribuée ».
En fin de recueil, un texte particulièrement bien troussé évoque, pour les plus jeunes, le parcours de François de Cornière depuis le début des années 80 à Caen, en tant qu'animateur culturel au service des autres écrivains par le truchement des « Rencontres pour Lire » qu'il anima pendant plus de 30 ans, comme sa vive ascension au sein de la poésie de son temps, avec les encouragements des poète aînés majeurs : Luc Bérimont, Eugène Guillevic, Jean Rousselot, Georges Mounin, Jean L'Anselme, Georges L. Godeau ... puis des poètes de sa génération comme Pierre Autin-Grenier, Patrice Delbourg, Jean-Pierre Georges, Michel Baglin ou Georges Cathalo, qu'il accueillit notamment dans sa revue de poésie « La corde raide ».
François de Cornière avait cessé d'écrire pendant une dizaine d'années...
Il manquait à beaucoup d'entre nous. Je lui avais d'ailleurs écrit en 2006. L' air de rien, avec toujours ce même souci d'être lisible pour tous, la poésie de François de Cornière touche toujours au cœur. Il dit lui-même « écrire le journal de sa vie en poèmes » et c'est sans doute ce qui nous le rend aussi familier depuis tant d'années. Même si depuis quelques recueils, son écriture épurée, simple et précise - qui donnait à lire des poèmes instantanés comme des clichés photographiques - sont devenus de longs poèmes narratifs, plus introspectifs, avec davantage de lâcher prise, sans perdre pour autant leur capacité à nous émouvoir.
En lisant la poésie de François de Cornière, on songe aussi entre les lignes à d'autres poètes amis qui partageaient la même exigence et la même économie de moyens : Eugène Guillevic, Claude Roy, Robert Walser... Des poètes au pointillisme délicat, des poètes « pattes d'oiseau », des poètes « libellules » dont la justesse et la sensibilité touchent souvent.
Avec ce copieux recueil au format poche, François de Cornière propose à nouveau un bon cru de lui-même, qu'il crawle avec ses palmes sous la pluie à l'abri de tout ou qu'il s'assoit à la fenêtre de sa vie qui s'ensoleille à nouveau, carnet à portée de main, attentif toujours aux instants qui passent, au tissu flamboyant et fragile de nos jours...
vendredi 11 mars 2022
Milène Tournier, nouvelle voix à la poésie permanente
Milène Tournier est née à Nice en 1988 et vit à Paris, où elle est documentaliste dans un lycée. Elle est apparue sur « la scène » poétique dès 2019 et pratique l’écriture vidéo en partageant régulièrement son travail sur YouTube et Facebook.
J’ai plutôt envie de parler de son travail poétique comme d’une sorte de « poésie intégrale ».
Milène Tournier arpente la capitale, marche beaucoup (une vingtaine de kilomètres par jour) pour rejoindre son travail ou son domicile.
En se déplaçant dans la ville, elle se filme et filme les gens, les vitrines des magasins, les affiches, les monuments, les choses qu’on abandonne par terre… De
tout ce qu’elle voit, avec toute cette matière vivante ou pas, elle recompose
des « poèmes urbains » qui mêlent à la fois le beau, le sensible, le
trivial et l’insolite.
En lisant la poésie de Milène Tournier,
on redécouvre le réel sous son regard d'observatrice en éveil. Sa poésie produit un
ré-enchantement du quotidien, du « tout ordinaire » comme elle l’a d’ailleurs
écrit elle-même.
Elle écrit aussi parfois des textes
amples qui parlent de la complexité des rapports familiaux, de leur caractère
émouvant, déchirant et passionnel. Parfois aussi des haïkus lourds légers comme
celui-ci :
Le clochard parle
Au pain qu’il mange
C’est résoudre deux problèmes en une fois.
ou celui-là :
Et tu mettras ta main sous mon ventre comme
Le ciel se pose
Sur les avions.
Je comprends bien ce qu’on peut aimer dans sa poésie, c’est à la fois sa force et sa fraîcheur mues par une soif d’absolu, où la poétesse pousse souvent les murs étriqués du poème avec les ressorts de l’imaginaire ou la nostalgie heureuse de l’enfance… avec, parfois, une veine presque lyrique dans l’expression des sentiments qui, personnellement, ne me déçoit pas.
Milène Tournier a déjà publié trois recueils de poésie : Poèmes d’époque, préfacé par François Bon, dans la collection Polder (le n°184) dirigée par Claude Vercey, en 2019 ; L’autre jour puis Je t’aime comme en 2020 et 2021 aux éditions Lurlure.
Elle a reçu en janvier 2022 le Prix « Révélation Jeune Poésie » de la Société des Gens de Lettres (SGDL) pour son deuxième recueil.
Milène Tournier n’a pas qu’une corde à
son arc puisqu’elle s’exprime aussi dans le théâtre (deux pièces éditées et jouées actuellement) et
le court métrage.
samedi 15 janvier 2022
Laura Kasischke, cosmique et quotidienne
Où sont-ils maintenant : Anthologie personnelle : poèmes
Gallimard. - (Du monde entier), 2021
23,50 Euros
Écrivaine américaine vivant dans le Michigan où elle enseigne, Laura Kasischke était plus connue pour ses romans et ses nouvelles bien qu’elle ait commencé par la poésie comme elle le dit elle-même. Elle a pourtant publié dix recueils de poèmes et reçu plusieurs prix importants.
La collection « Du monde entier »
chez Gallimard s’attache à nous faire découvrir, depuis 1931, les grands noms de
la littérature étrangère et favorise aussi, en France, depuis ces dernières
décennies, l’émergence et la reconnaissance de nouveaux talents : Philipp Roth, Martin Amis, Ian McEwan, Arundhaty Roy,
Manuel Rivas, Bernard Schlinck, Jonathan
Coe, Ludmila Oulitskaïa,
Erri De Luca, Zadie Smith, Orhan Pamuk ou Elena Ferrante.
Bien que lyrique, « métaphorée » et marquée par
l’empreinte évidente des meilleurs surréalistes français (Desnos, Péret), la
poésie de Laura Kasischke possède un étrange pouvoir d’attraction. Elle
convoque le cosmique et le quotidien dans un savant mélange d’intensité et de
prosaïsme brut, dans des poèmes au souffle ample et généreux, traversés par le
désir, l’angoisse, la mort, la vie, et vous emporte dans un maelström de
sensations vertigineux.
La dernière fois que j’ai ressenti pareil choc en poésie, ce
fut à la lecture de l’anthologie Baltiques :
poèmes (1954-2004) du poète suédois Tomas Tranströmer.
Seul petit bémol à cette belle anthologie,
elle n’est, hélas, pas en version bilingue.
mercredi 12 janvier 2022
Poésie Seghers
Au début des années 70, le poète et critique Bernard Delvaille, à qui on doit notamment la capitale anthologie « blue jeans » de La Nouvelle Poésie Française (1974), crée en 1975, chez Seghers, une nouvelle collection.Ce sera Poésie 75 puis Poésie 76. Je ne sais plus où ni dans quel livre, j'ai lu que cette collection si typique avait pour nom poésie froide ou poésie électrique ?
On y trouve des superbes recueils de poètes qui confirmeront la confiance que ce directeur de collection avait alors mis en eux, malgré leur jeunesse, sans jamais le décevoir.
Ces jeunes poètes se nommaient Matthieu Messagier, Bernard Vargaftig, Pierre Tilman, Lucien Francoeur, Eugène Savitzkaya ou encore Alain Jouffroy...
En plus, ces recueils sont beaux, bons, efficaces et plaisants, jusque dans la simplicité graphique de leur couverture.
En savoir plus sur Bernard Delvaille (1931-2006), poète et critique par Patrick Kachéchian, Le Monde du 24 avril 2006.
vendredi 19 novembre 2021
Un monde parfait / Les Innocents
On a des bibles
des hymnes, des icônes
le jour du Seigneur
Enghien, Silverstone
tout un nuancier
l'homme invisible
et celui de vingt heures
les chanteurs
les cercueils, les cyclones
le convertible
les membres inférieurs,
comme le cœur
on cherche un emploi
tout reste plié
cette idée terrible
en nos douillets intérieurs
d'aujourd'hui devenu autrefois
humain de métier
C'est un monde parfait
de Papeete jusqu'à l'au-delà
c'est un monde parfait
on pourrait imaginer vivre là
l'inaccessible
une étoile meilleure,
trouver l'âme sœur
au-dessus de l'ozone
une branche éloignée
un combustible
brûler nos pesanteurs
vus d'ailleurs
on est tous autochtones
humain de métier
C'est un monde parfait
presqu'aussi parfait qu'il est plat
c'est un monde parfait
mais on est bien au-dessus de ça
vus d'ailleurs
on est tous autochtones
humain de métier
C'est un
monde parfait
le vent souffle, on ne bouge pas
c'est un monde parfait
on s'en ira, le vent restera
un monde parfait...
Paroliers :
Jean-Christophe Urbain / Jean-Philippe Nataf
Paroles de « Un monde parfait » © BMG Rights Management, BMG Rights
Management (France).
samedi 30 octobre 2021
Chihuahua Pearl
Elle est belle
comme la terrasse
d'une piscine de grand hôtel
en hiver
comme ces tombes mexicaines
recouvertes de confettis
comme un écureuil
qui traverse la départementale mouillée
un dimanche matin
comme la veilleuse oubliée
dans la nuit d'un enfant
elle est belle crois-moi
comme le parfum de la vie
qui te marche sur les pieds
Thomas Vinau
Extrait de Poèmes d'une Amérique imaginée. in Le Coeur pur du barbare.
Le Castor Astral, coll. Poche/Poésie, 2021
9 Euros.
vendredi 24 septembre 2021
Cécile Coulon torpillée par Frédéric Beigbeder dans le Figaro...
À de trop rares exceptions tels Stéphane Bataillon ou Guillaume Lecaplain, ils ne connaissent à peu près rien à la poésie d'hier et d'aujourd'hui.
Dès novembre 2018, j'avais écrit sur ce blog le billet d'humeur suivant :
« Cécile Coulon, Prix Apollinaire 2018 : j'en tombe à la renverse. »
J'avais été un des seuls, à l'époque, dans le petit milieu de la poésie, à m'ériger contre ce prix remis à Cécile Coulon, pour la simple et
bonne raison que le recueil en question (Les Ronces) me paraissait assez moyen et les poèmes
de qualité inégale pour un des prix les plus importants qui couronne, chaque année, depuis 1985, le Goncourt de la Poésie.
J’avais écrit ce post en moins de dix minutes. Je n'avais pas eu envie non plus d'avoir la
dent trop dure envers la « jeune » poétesse de 26 ans, ni de perdre
un temps précieux à élaborer une longue critique plus argumentée.
Jusqu'ici, j’avais toujours préféré me taire et défendre les bons poètes, en revues comme sur Internet, ce depuis 2001. Ensuite, au milieu des années 2000, je me suis aussi intéressé aux poètes de la nouvelle génération dont la plupart m’ont enthousiasmé en leur consacrant parfois même plusieurs articles : Amandine Marembert, Sophie G. Lucas, Claire Malroux, Thomas Vinau (publié depuis en Poche poésie), Jean Marc Flahaut, Christophe Esnault, Christophe Siébert (publié depuis au Diable Vauvert), Marlène Tissot, Grégoire Damon (publié depuis chez Buchet-Chastel), Simon Allonneau, Emanuel Campo, Sammy Sapin, Marc Guimo, Perrin Langda , Guillaume Siaudeau, Thierry Roquet, Thierry Radière (publié depuis aux éditions de La Table Ronde), Frédérick Houdaer (publié depuis au Dilettante), Samantha Barendson (publiée depuis chez Jean-Claude Lattès), Heptanes Fraxion, Florentine Rey…
Suite à mon petit post agacé, un article du jeune journaliste,
Thomas Deslogis, «Poésie française, ton univers impitoyable » avait paru sur Slate.fr, où celui-ci avait quelque peu caricaturé mon propos. Il venait alors à la rescousse de la poétesse
télégénique, dont il était proche.
Vive la neutralité de la presse !
Je n'ai jamais demandé un droit de réponse au journal en ligne. J’aurais pu.
Par contre, j'ai répondu en privé à Thomas Deslogis pour lui expliquer
clairement ma position et le pourquoi de ce billet qu’il jugeait « aigre »
quand je le trouvais au contraire totalement justifié.
Aujourd’hui, c'est au tour du romancier et critique, Frédéric Beigbeder, de ne plus mâcher ses mots et d'enfoncer le clou dans un court article extrait du Figaro au sujet de Cécile Coulon en écrivant clairement qu’il y a « tromperie sur la poétesse », alors qu’elle est pourtant invitée partout depuis quatre ans pour parler de la poésie sur tous les plateaux télé (qui n’y connaissent évidemment strictement rien non plus en ce domaine) et malgré le fait aussi qu’elle ait également vendu (on me rétorquera) plus de 10 000 exemplaires de son recueil, Les Ronces, auprès du grand public.
Ce à quoi je peux aisément répliquer que, quand on possède la puissance de feu d'un éditeur de poésie comme le Castor Astral, on peut facilement faire monter un auteur au firmament de l'édition poétique, en plaçant son livre bien en évidence avec le bandeau du « Prix Apollinaire 2018 » en tête de gondole de tous les rayons poésie des librairies de France et de Navarre.
Ce que tous les éditeurs de poésie feraient bien évidemment en pareil cas : il ne faut pas non plus être dupe !
- « Plus de 10 000 exemplaires vendus en poésie, Monsieur, c'est tout de même incroyable... ça prouve que son recueil plaît au plus grand nombre ! »
- « Et alors ? Qu’est-ce que cela prouve ? »
Sinon qu’en poésie, elle est un peu l’équivalent d'un Guillaume Musso en
littérature. À chacun
son trip poétique...
Depuis novembre 2018, j’ai écrit que ce n’était pas le mien. Et que plein d’autres auteurs et autrices méconnus du vieux jury de l’Apollinaire auraient déjà dû avoir droit au chapitre.
Rien de plus, rien de moins. « Le petit poète » (et chroniqueur amateur) que je suis - pour parodier le titre d’un bon petit ouvrage de Roland Bacri, ex-poète au Canard Enchaîné - n’est pas mécontent d’être enfin rejoint par l’avis cinglant de ce grand Monsieur, écrivain, critique et fin connaisseur du Monde des Lettres, et notamment de la littérature américaine.
lundi 30 août 2021
Abdellatif Laâbi, fraternel et écorché
Ce que poète désire : Anthologie de poèmes pour la jeunesse
Illustré par Laurent Corvaisier
Rue du Monde, 2021. - (Livres-événements)
17,80 Euros
Né à Fès en
1942, grande voix de la poésie contemporaine, Goncourt de la Poésie 2009, l’écrivain
franco-marocain, Abdellatif Laâbi, a composé lui-même une anthologie de ses
poèmes (de 1981 à 2020) pour jeunes
lecteurs, égayée par les illustrations colorées et vibrantes de Laurent
Corvaisier, mais qui conviendra aussi à chacun d’entre nous.
On y retrouve ses thèmes de prédilection : l’insoumission, l’engagement
face à tout type de barbarie, de totalitarisme et de haine ; l’espoir en
une liberté commune et en l’être humain ; la foi indéfectible en l’amour, la
poésie.
Ces poèmes sont simples et percutants et ne retiennent que l’essentiel.
Ils
sont étroitement liés au parcours d’homme d’Abdellatif Laâbi et à son existence
de poète militant, emprisonné pendant 8 ans dans les geôles d’Hassan II,
et qui, revenu de l’enfer, n’a de cesse de continuer de témoigner passionnément pour le sel de la
vie, avec « les mots de la
tendresse » et « le bréviaire de la fraternité » au poing.
Le site de l'écrivain Abdellatif Laâbi
mercredi 23 juin 2021
Une lettre inédite du poète André Laude (1936-1995)
André Laude
47 rue chapon
75003 Paris
Lettre du 4 novembre (1985 ?) à Éric Ballandras
J’ai bien reçu votre courrier. Je ne puis malheureusement pas m’abonner actuellement. Je suis – malade et chargé d’âmes – dans une situation économique pénible. Au point que l’écriture poétique est en sommeil.Tous mes vœux à « la Bartavelle ».
Il me plaît que vous inaugureriez avec Georges Herment. Lui, Jean Malrieu,
Gerald Neveu, tous morts, furent mes amis et furent amis entre eux, amitiés
volcaniques.
J’ai participé à la naissance (et à l’agonie) de nombreuses
revues. Épuisante
aventure. Pourtant je persiste. Nous préparons entre France et Québec Levée d’encre. C’est François
Vignes des Ed. la Table rase (où va paraître un volume d’hommages à Malrieu)
qui est le maître d’œuvre.
Tenez-moi au courant. Je parlerai autour de moi.
Mes amitiés
André Laude.




















