Ce blog est un laboratoire à ciel ouvert. Vous y trouverez des textes, articles et notes de lectures sur la poésie d'aujourd'hui. Succédant à « Poebzine » (2010-2016), il poursuit la belle aventure du feu.
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mercredi 23 octobre 2019
Heptanes Fraxion, t'es le meilleur !
C'est la viande qui fait ça, Heptanes Fraxion, avec deux illustrations de WOOD, Cormor en nuptial éd, 2019, 12 €.
Le deuxième recueil d'Heptanes Fraxion (édité aux éditions Cormor en nuptial), enfin le troisième, après sa délicieuse petite plaquette, Et les gens continuent de tomber avec la nuit, publiée en juin 2019 chez aérolithe éditions, est tout à fait excellent !
Différent des deux premiers mais dans la continuité tout de même... Il y a à nouveau plein de poèmes percutants que j'adore, truffés d'images qui dynamitent le texte dans leur déroulé, quasiment, à chaque ligne.
Il y a aussi des poèmes où Heptanes Fraxion se livre plus, se met davantage à vif, à nu, et plus seulement et uniquement par le truchement de portraits de gens rencontrés au hasard de ses déambulations urbaines.
Dans le poème ci-dessous, par exemple, le poète n'exclut rien pour bien rendre compte à la fois de la fringale et de la violence du désir entre deux êtres et de la charge sensuelle et sexuelle qui en découle :
permaculture dans les cimetières
c'est bien nous ça
comme neufs
comme hallucinés du cadeau de nous-mêmes
dans les rues vides de la sève violette
ou à l'hôtel comme des héros en levrette
partouze à deux
c'est bien nous ça
souffrant d'un joyeux syndrome
foutre de cheval à gueuler partout dans la gare
glacée
ou dans le fameux cabaret à larynger nos bluettes
punkoïdes avec l'alcool de nos ventres
avec la sauce de nos souffles
ou dans le calque des souterrains parsemé d'étoiles
cruciformes
nous affamés sur la route
sur les roues
sur les rails
derrière la baie vitrée du restoroute
au chaud
à se plaire dans l'écrasé de pommes de terre
et de la connexion mentale
et du poulet grillé
et de tout l'or de l'orgasme vaginal
toute une journée comme ça
contre la montre
dans le contre-jour enfumé
à bisouner nos verges à la base
et à jouer le contre dans la neige ensoleillée
joue contre joue dans des aires d'autoroutes
absolument désertes
le lundi
dans la féerie de l'industrie lourde
et dans la féerie de l'enculade
c'est bien nous ça
morts de rire en sanglots
avec le sang au volant de l'évidence qui berce
nos poitrines
euphories à faire foisonner le piano de nos poumons
fatigués
(...)
moment M
instant T
à se dire au revoir la bouche pleine de buée
avec nos voix de roues voilées
nos voix d'oiseaux tombés du ring
(...)
Pour acheter le recueil auprès de l'éditeur belge, Gaël Pietquin, c'est ici :
cormorennuptial@gmail.com
jeudi 7 février 2019
Heptanes Fraxion, Prix de poésie « Le feu central » 2018
| © Photo F-X Farine - janvier 2017 |
pour son premier recueil publié, en septembre, aux éditions Cormor en Nuptial : « Il ne se passe rien mais je ne m'ennuie pas ».
J'ai découvert Heptanes Fraxion en 2013 grâce à l'émission poétique et musicale « Une étoile dans la gorge » d’Oslo Deauville. Après, je suivais régulièrement ses publications sur son blog éponyme : www.heptanesfraxion.blogspot.fr. Car ce poète possédait déjà un univers très personnel, une langue à lui, des images inédites : « soleil salive », « dans les virages les rames du tramway chantent comme des bélugas », « culs nus dans la mer leurs sourires les enlacent » mais surtout des textes percutants, tonitruants qui m'ont définitivement emballé. Même si on pouvait penser que cet auteur était a priori à mille lieues de ma sensibilité.
À chaque texte du dit recueil, j'ai encore été embarqué, retourné par ces poèmes-conversations, poèmes-paysages, poèmes déambulatoires où soliloque une cervelle en feu.
On peut voir en Heptanes Fraxion un lointain cousin de Blaise Cendrars. Je vois plutôt en lui un digne successeur d'Yves Martin, en plus enragé et en plus batailleur. Sa poésie est aussi celle d'un homme perpétuellement en marche, à l'affût de tout ce qui surgit autour de lui, fait écho ou interfère avec ses propres sensations (météo, environnement proche : relations familiales, travail, amours, faune hétéroclite, propos entendus, interactions entre les individus, etc.).
J'ai découvert Heptanes Fraxion en 2013 grâce à l'émission poétique et musicale « Une étoile dans la gorge » d’Oslo Deauville. Après, je suivais régulièrement ses publications sur son blog éponyme : www.heptanesfraxion.blogspot.fr. Car ce poète possédait déjà un univers très personnel, une langue à lui, des images inédites : « soleil salive », « dans les virages les rames du tramway chantent comme des bélugas », « culs nus dans la mer leurs sourires les enlacent » mais surtout des textes percutants, tonitruants qui m'ont définitivement emballé. Même si on pouvait penser que cet auteur était a priori à mille lieues de ma sensibilité.
À chaque texte du dit recueil, j'ai encore été embarqué, retourné par ces poèmes-conversations, poèmes-paysages, poèmes déambulatoires où soliloque une cervelle en feu.
On peut voir en Heptanes Fraxion un lointain cousin de Blaise Cendrars. Je vois plutôt en lui un digne successeur d'Yves Martin, en plus enragé et en plus batailleur. Sa poésie est aussi celle d'un homme perpétuellement en marche, à l'affût de tout ce qui surgit autour de lui, fait écho ou interfère avec ses propres sensations (météo, environnement proche : relations familiales, travail, amours, faune hétéroclite, propos entendus, interactions entre les individus, etc.).
Poète en état d'insurrection, porte-flammes des anonymes du quotidien
Poète à la conscience aiguë, au regard tendre, écorché, Heptanes Fraxion boxe avec les mots et rentre dans le dur et le mou de nos vies avec une grâce et une énergie rares.
Sa poésie se cogne au réel et laisse apparaître la nudité, la fragilité et la vérité des êtres que le poète croise dans
toutes ses haltes et dérives quotidiennes (cafés, parkings, zones
industrielles, périphéries des villes, méandres des grandes
agglomérations...) quand ils ne sont pas parfois des doubles du
poète lui-même envers lesquels on peut déceler à la fois de la
détestation, de l'exaspération, une dose redoutable de dérision et
d'empathie également.
Comme
l'a si bien écrit le poète Grégoire Damon en guise de postface au
recueil, la poésie d'Heptanes Fraxion « hante les villes, mais
surtout les gens » au-delà, précise-t-il, « des
question de solitude, d’incompréhension, de familles
dysfonctionnelles, d’amours qui meurent et de filles compliquées »
et de l'ego de l'auteur « archétype du poète maudit »
qui pourrait finir par agacer, si celui-ci n'était pas aussi
talentueux et original dans la façon de dérouler ses poèmes, avec
cohérence, violence, révolte, imprévisibilité, et aussi dans la
façon d'aller à contre-courant et de s'attaquer de front à des
problèmes trop souvent esquivés ou embrouillés en poésie sauf,
peut-être, chez Charles Bukowski.
Enfin,
cette « poésie crue, fraternelle, sans esbroufe, immédiatement
reconnaissable » incarne pour moi le bouillonnement d'une écriture
et le bouillonnement d'une pensée qui sont le fruit d'une
individualité forte qui refuse les compromissions, s'acharne à
débusquer le feu et l'échappée, derrière chaque visage et
interstice de l'existence. Ce qu'Heptanes Fraxion appelle lui-même
dans un de ses textes « l'éternité et le trou dans le
grillage ».
Voilà
pourquoi j'ai décidé de donner symboliquement le 2e Prix de poésie du Feu
central à Heptanes Fraxion pour son recueil, Il ne se passe
rien mais je ne m'ennuie pas, publié à l'enseigne des très
chouettes éditions belges, Cormor en Nuptial, de Gaël Pietquin.
Il s'agit, vous l'aurez compris, du recueil qui m'a le plus secoué et convaincu cette année !
Il s'agit, vous l'aurez compris, du recueil qui m'a le plus secoué et convaincu cette année !
Contact : cormorennuptial@gmail.com
Prix : 18,50 Euros (Belgique) ; 23,80 Euros (France).
>> Contacter le poète sur Facebook pour avoir sa petite étiquette-dédicace, ça marche aussi.
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