samedi 20 janvier 2018

Gloire à nos illustres pionniers !


francois-xavier-farine
Quand on était à table, chez Papy et Mamie, et que le soir tombait, comme un couvre-feu sur le village endormi, on ré-ouvrait le grand-livre des souvenirs...
Le frère de ma grand-mère, Arthur Lemaille, qui était curé, parlait couramment allemand. À la fin de la guerre, il fut enrôlé de force comme espion en Allemagne, pour le compte des Français, dans une usine où l'on fabriquait des « boîtes de poudre » capables de faire sauter une ville entière ! Quand il est revenu de nuit, chez ses parents (qui n'étaient au courant de rien), sans sa soutane, ces derniers ont cru qu'il était défroqué.
Thérèse Lemaille-Pruvost, la sœur aînée de ma grand-mère, était entrée dans la Résistance (avec son mari, Jean Pruvost) à Lyon. Elle travaillait à la Préfecture.

Un soir, qu'elle tapait de faux papiers sur sa machine à écrire, un voisin les a avertis qu'un soldat allemand faisait les cent pas devant leur maison. Ils ont alors déguerpi par derrière en escaladant le mur du jardin, avant de s'enfuir par les traboules de Lyon.
Un autre jour, elle a été dénoncée. La Gestapo est arrivée sur son lieu de travail : « Où est Madame Pruvost ? » Elle parlait à son chef qui lui a fait signe de ne pas bouger du guichet. « Vous voyez bien, sa place est vide ! » fit ce dernier. « Elle n'est pas venue travailler ce matin. » À la fin de la Guerre, elle a appris que son chef de bureau était aussi son chef de réseau.
Son mari, « Parrain Jean », grimpé à l'arrière d'une camionnette, mitraillette au poing, se retrouva un jour, nez à nez, avec un convoi de soldats allemands. Peu disert sur ses faits de Résistance, il évoquait seulement ce souvenir précis : Il avait dû se présenter chez un boucher, armé d'un revolver, car ce dernier avait dénoncé des Résistants de son réseau. Mais, lorsqu'il avait sonné à la porte, ses enfants se tenaient à ses côtés. Les bras coupés, il avait tourné les talons, n'ayant pas eu la force de tuer ce collabo : « Désolé, mais ça, je ne peux pas le faire... avait-il déclaré à son chef de réseau. »
 

fernand-lemaille-1962
© Archives départ. du Pas-de-Calais, 1962.
Mon grand-oncle, Fernand Lemaille (employé des Houillères et syndicaliste) fut, très jeune, ce qu'on appelait un « dur à cuire », un garçon intrépide, et surtout extrêmement chanceux. « Un jour, il va se faire tuer ! » répétait alors son père cordonnier qui avait eu 12 enfants. Fernand avait dynamité des voies ferrées. Mais, un matin, tout son bataillon fut embarqué et fusillé par les Allemands. Lui eut juste la vie sauve pour la raison bien simple qu'il se rasait tranquillement derrière la porte d'entrée, lorsque les Allemands ont fait irruption dans la pièce, et qu'ils ne l'avaient pas vu... Fernand avait ensuite rejoint le Maquis. Même s'il n'en parlait pas beaucoup. Après Guerre, il a été décoré par la Belgique comme Chevalier de l'Ordre de Léopold III pour avoir fait passer en Espagne un Prince de Mérode, de la famille royale belge. 
Mon grand-père, André Farine, prenait des photos aériennes dans des avions de reconnaissance. Chez mes parents, j'avais découvert son cahier d'instruction militaire qui comportait des dessins complexes de moteurs d'avions. Enfant, je lui fauchais ses médailles militaires que j'accrochais fièrement sur ma veste de cow-boy, et j'ai longtemps confondu ses faits d'armes avec l'héroïsme de Saint-Exupéry.
Mon « oncle Maurice » Lemaille, beaucoup plus jeune, lui, (boucher de son état), racontait des histoires à dormir debout... Comme quoi il avait été boxeur professionnel. Devant nous, il revivait ses combats fictifs, mimant les deux poings en avant ses formidables K.O. et moi, j'y croyais dur comme fer, malgré le clin d'œil attendri de ma tante Alice qui souriait de ses grands yeux bleus, de l'autre côté de la table. (Seconde Guerre mondiale en famille)

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