mercredi 10 octobre 2018

Mon premier bouquin a failli ne jamais être édité (et pour cause)


francois-xavier-farineUn premier éditeur
m'avait conseillé
de l'envoyer au Castor Astral
(une maison d'édition
beaucoup plus importante
que la sienne)
le deuxième l'avait aimé
mais partait en retraite
trois mois plus tard
m'enguirlandant presque
de ne pas lui avoir envoyé
plus tôt
un troisième éditeur
souhaitait le publier
sans savoir si
d'ici deux ans
il poursuivrait son aventure éditoriale
(partie depuis en cacahuète)
trois autres éditeurs
ne m'ont jamais répondu
un septième désirait
le publier
mais pas avant au moins trois ans
Au bout de cinq ans
je me suis finalement décidé
à l'envoyer
à un huitième éditeur
qui l'a publié
quatre mois plus tard.


Extrait d'un recueil inédit, à paraître en 2019, chez un éditeur sans doute inédit. 


François-Xavier Farine :

Né en 1971 à Lille,
François-Xavier Farine vit toujours dans le Nord.
Avant d’être poète, il était fana de sport. Alors, lorsqu’il n’écrit pas, il court ou fait du vélo.
Il a publié, depuis 2001, textes et articles en revues (Lieux d’Être, Décharge, Poésie/première, nord', Microbe, Eulalie...) et sur internet (Poezibao, Texture, Realpoetik).
Depuis décembre 2010, il anime le blog Poebzine devenu Le feu central.

Il organise également depuis 2014 les lectures-rencontres poétiques de la Médiathèque départementale du Nord. Poètes reçus à ce jour : Frédérick Houdaer, Sophie G. Lucas, Marlène Tissot, Simon Allonneau, Grégoire Damon, Eric Dejaeger, Jean-Yves Plamont, Fanny Chiarello, Hélène Dassavray, Estelle Fenzy, Pierre Tilman, Heptanes Fraxion, ainsi que Jean Marc Flahaut et Thierry Roquet au Café Le Polder d'Hellemmes en juin 2017.

Publications :
 
 
D’infinis petits riens, ill. Christophe Salembier, 4e de couv' Jean L'Anselme (Gros Textes éd., 2012)
Pleines Lucarnes, avec Thierry Roquet, ill. Maxime Dujardin, Préface Jean-Michel Larqué (Gros Textes éd., 2016)
Sacré Rimbaud (aérolithe éditions, mai 2018)

 

Participation au n°51 de la revue Poésie/première : « Humour & Poésie d’aujourd’hui », novembre 2011. 
N°59 de la revue Bacchanales : « DUOS : 118 jeunes poètes de langue française né(e)s à partir de 1970 », mars 2018.

Contact : fxfarine@free.fr

samedi 6 octobre 2018

Inédits n°21

de Thierry ROQUET, né en 1968 :

thierry-roquet


Le petit nuage & la foule 

Cet homme a au-dessus de lui
un petit nuage
sombre
qui le suit
partout où il passe
il en retire parfois
un Boeing 747
d’une compagnie Low-Cost
en pleine turbulence
ou
un hélicoptère de la station-météo
dont le pilote a fait un malaise
vagal
et les fait atterrir
de toute urgence
hors du petit nuage
sombre
en agitant les bras
à la façon d’un aigle royal
qui ouvrirait une foule
indifférente
ou
menaçante 
ou 
la mer morte 
si l’on croit aux miracles
si l’on ne craint pas la folie qui nous guette

                     * 

Le haut de la citerne 

Je suis déjà en nage
dans mon bleu de chauffe
un peu trop large
derrière une énorme citerne
un collègue approche :
- viens, on va s'en griller une.
comme j'hésite un peu
il trouve à me convaincre :
- t'inquiètes, le boss peut pas nous voir d'où il est.
je pose mon grand pinceau
et le seau maculé d'huile
- moi, c'est Bob.
- Thierry, je réponds.
je lui demande

ça fait combien de temps
qu'il bosse dans la boîte
- deux ans, un peu plus peut-être
puis je lui demande si
ça lui plaît
alors il se marre comme une baleine
et les regards des autres
se tournent vers nous
- merde, y'en a bien un qui va nous dénoncer, tu vas voir !
puis il énumère sur ses doigts
d'un ton presque doux :
de 1 - ici, c'est ambiance gestapo
de 2 - le patron est un enculé
de 3 - le salaire est pourri
de 4 - je te parle pas de l'organisation et des rotations
il me tend une Heineken 33 cl
sortie d'un sac plastique
et tiédie par le soleil
- je trouve pas de 5 pour l'instant mais j'te jure qu'il doit bien y en avoir un…
dans l'après-midi
fatigué
par la répétition des efforts
je prends une petite pause clope
bien méritée
à l'abri des regards
Bob, mon collègue revient me voir :
- t'avances pas vite, nom de dieu... tu veux un coup de main sur le haut de la citerne ?
- nan ça ira, j'vais m'y remettre.
- c'est la première fois que tu bosses sur un chantier, hein ?
puis il me lance tout sourire :
- et de 5, j'ai trouvé : je crois que t'es vraiment pas fait pour ça !

                     *

Tu n'as pas encore lu « Mon chien stupide » ? 

Tu ne veux pas
d'animal chez nous
tu dis que notre appartement est
trop petit
tu dis que tu ne veux pas t’en
occuper
j’aimerais un chien
un bon gros chien
protecteur
fidèle
et
câlin
tu sais John Fante
avait un chien
il en parle drôlement bien
dans un bouquin
mais
tu ne l’as pas encore lu
&
ça ne te fera pas
changer d'avis
apparemment 
non non je ne me prends pas pour John Fante
je disais ça juste pour le chien


Thierry ROQUET :

Né en 1968 à Rennes, Thierry Roquet vit depuis 17 ans à Malakoff, en banlieue parisienne. Il a publié plusieurs plaquettes et recueils de poésie depuis 2006.
Parmi ceux-ci, je citerai volontiers : 9 bureaux en quête d'employés (2011), Comme un insecte à la fenêtre (2011), Le Cow-boy de Malakoff (2014) et L'ampleur des astres (sept. 2016) qui mêle aphorismes et textes courts.
Thierry Roquet écrit une poésie à caractère social, quotidienne, mais il décrit et éclaire « le pâle ordinaire » avec une écriture nette, précise, visuelle, pleine de lucidité, de dérision et d'autodérision.

Les écrivains qu'il affectionnent sont ceux de la « Biture Generation », que l'on appelle aussi « les écrivains américains post-beat » comme Charles Bukowski, Dan Fante et Mark SaFranko.

Publications :
9 bureaux en quête d’employés (-36° Éditions, 2011)
Comme un insecte à la fenêtre (Gros Textes, 2011)
Le Cow-boy de Malakoff (Le Pédalo ivre, 2014)
Pleines Lucarnes, coécrit avec François-Xavier Farine, préface de Jean-Michel Larqué (Gros Textes, 2016) 
L'Ampleur des astres (Cactus Inébranlable, 2016)
Luberon/Malakoff : correspondances électroniques, coécrit avec Hélène Dassavray (Gros Textes, 2017)

À paraître (peut-être) chez Gros Textes éd. :
à la périphérie du monde
Tournée d'adieux


lundi 1 octobre 2018

Marlène Tissot née en 1971


J'emmerde les alertes météo

Tu peux attendre que la pluie cesse
Ou tu peux apprendre
à faire la paix avec les nuages


                           *

J'emmerde le nombrilisme

Un poème qui parle de poésie
C'est comme une jolie fille
s'admirant dans le miroir


Marlène Tissot, extraits de J'emmerde... encore, (2e série), Gros Textes éd., 2018, 6 €.



marlene-tissot-novembre-2013

Son blog : mon nuage.free.fr