samedi 21 mars 2020

Je me souviens #42

Je me souviens qu'après avoir vu, jeune, à la télévision, un reportage sur Jacques Mesrine, L'ennemi public n°1, mon père me confia que le gangster lui avait un jour téléphoné au journal. Il n'était pas content d'un article qui venait de paraître sur lui et l'avait menacé. Mon père ne s'était pas démonté. Il lui avait rétorqué qu'il n'avait pas à subir de pression de qui que ce soit, et qu'il mettait toujours un point d'honneur à faire en sorte que l'information traitée dans le journal le soit avec le plus d'objectivité possible. Mon père parlait peu de son travail. Pourtant, à chaque fois que j'évoquais telle personnalité ou telle autre devant lui, je m'apercevais qu'il les avait souvent rencontrées. C'est comme ça qu'il me raconta avoir dîné avec l'écrivain Max-Pol Fouchet... et que celui-ci regrettait la disparition du bon goût à la française : « C'est comme tous ces gens qui mettent le camembert au frigidaire ! ».
andre-farine-article-jacques-brel-1967
Il y eut aussi la rencontre du peintre Georges Laporte qui, touché par son article, lui avait offert une huile en guise de remerciement. Idem pour le grand Jacques Brel, dont il couvrit l’un des derniers concerts au Colisée de Roubaix, le 16 mai 1967. Sa visite de l'exposition Mondrian, au bras de Jeanne Moreau (qui lui valut une volée de bois vert de la part de ma mère). L'enterrement de De Gaulle, où il se percha en haut d'un arbre, donnant sur le petit cimetière de Colombey-les-Deux-Églises. Ou encore sa terrible chute à l'arrière d'une mobylette, sur les pavés boueux de Paris-Roubaix, où il déchira son costume en valdinguant dans le fossé, jusqu'à ce que le champion cycliste de l'époque, Henry Anglade, surgisse derrière lui avec son équipe en file indienne, stoppant net et lui disant « Ça va, Monsieur ? ». Et lui de répondre du tac au tac : « Et vous, vous pensez que vous avez une chance de gagner la course demain ? » Une autre fois, il m'avait raconté sa stupéfaction, après s'être rendu chez le collectionneur d'art, Jean Masurel : « Il y avait des tableaux partout, jusque dans sa salle de bain, tout gondolés. Et, en haut d'un grand escalier, une imposante toile de maître du XVIe ou XVIIe siècle avait été lacérée sur toute sa longueur. » Mon père s'en était étonné, ce à quoi le grand industriel lui avait répondu : « Ah ça, ce n'est rien, voyez-vous... Ce sont mes petits-fils qui ont joué avec des épées... »
Dans ma jeunesse, où que je fusse, on s'enthousiasmait toujours de la sorte : « Ah ! Vous êtes le fils d'André Farine, alors ? » (Mon père, ce héros très discret)

(Courts textes en cours, 2011-.... - © François-Xavier Farine.)

2 commentaires:

  1. Très beau texte qui me fait découvrir des traits inconus de mon cousin. Yves

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  2. Merci à toi, Cher Yves. Il était temps que je l'écrive...

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