vendredi 16 avril 2021

Cher François : Ça tient à quoi ?

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Au milieu des années 2000, je t'avais écrit une lettre.

La première, sans doute, où je te taquinais.

Parce que Patrice Delbourg m'avait dit

que tu avais cessé d'écrire.

Et ça m'avait peiné bien sûr

d''apprendre ça

et je voulais t'écrire

pour en avoir le cœur net

Parce que

comme d'autres

j'avais tellement vécu

dans « la compagnie de tes poèmes »

(pour reprendre un mot de René Char

dans une réponse à Lucien Becker)

que je ne pouvais pas y croire…

Et ça t'avait chagriné d’ailleurs

ou plutôt mis un peu en pétard.

(Comment pouvait-on dire cela ?)

Tu m'avais alors répondu avec ta belle écriture

au feutre noir :

«  j'ai des mots, des idées qui me viennent encore

parfois

quand je pêche

de temps en temps

et que je laisse courir au fil

de l'eau… »

J'aimais bien cette idée-là

que la poésie pouvait nous échapper

comme un beau fleuve tranquille

qu'elle n'avait pas forcément

besoin de nous

pour exister

qu'elle pouvait revenir

à la terre

à la nature

aux choses premières

en quelque sorte

et continuer d’exister seule

sans l'intervention du poète

continuer à vivre

ailleurs

loin de lui (mais pas tant que ça en fait)

dans le bel éclat lumineux

d’une partie de pêche matinale

( courant / clapotis / amorce / fouetté de canne à pêche

touches fines ou plutôt franches, avec l’épuisette tout au bord de la berge. )

où le bouchon se fiche pas mal

du temps qui passe

pour juste demeurer

dans l’éternité paisible de l’instant.

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