vendredi 5 janvier 2018

Georges L. Godeau (1921-1999)

Georges-L-Godeau

Plénitude

     Quand vous n'avez pas mal aux orteils, au ventre ou à la tête, que dans la journée les rendez-vous se suivent et que le pont que vous bâtissez, ou le livre, ou la paire de souliers prend tournure
     Quand de surcroît le temps est bon et que le facteur jette dans votre boîte le livre d'un ami
     Ne cherchez pas, c'est que la fête de la vie bat son plein.


Rétrospective

    Quand j'étais enfant, ma mère était ma mère. Les filles que je faisais danser à cette époque sont devenues de vieilles femmes que je croise dans la rue et qui sont ma mère. J'ai envie de danser avec leurs filles. Mais je suis leur père. Et tout reste ainsi.


                                        Un enfant, un poème

    La bonne santé ne pèse rien près d'un poème qu'on s'arrache du ventre, qu'on soulève à bout de bras, malgré les muscles qui font mal et qu'on couche enfin par précaution avant de sortir dans le couloir où votre compagne attend, elle aussi, silencieuse. Elle ose maintenant faire du bruit, remuer les casseroles et proposer une friandise pour ce soir. C'est le moment, oui, d'accepter et d'entrer vainqueur dans la cuisine. Car beaucoup de poèmes meurent dans la nuit et ceux qui restent, le lendemain, ne sont plus à vous.

3 extraits de Votre vie m'intéresse, Georges L. Godeau, le dé bleu, 1985, rééd. 2000. 

« Godeau fait tenir en 8 ou 10 lignes ineffables ce que les analystes chevronnés de L'Express ou de L'Observateur ou du Monde n'atteignent, et pas toujours, qu'en 3 ou 4 colonnes... S'il avait été grand reporter, il serait mondialement connu... » Georges Mounin, La Quinzaine Littéraire.

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